‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 167 sur 216 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

PIERRE

ANTONIA

Ne faites donc pas le grand garçon. Comment va-t-elle, au fait, votre petite amie ?

PIERRE

Vous me l'avez déjà demandé. Elle va très bien, je vous remercie.

ANTONIA Soyez franc, vous en avez un trac fou.

PIERRE

Ne soyez pas méchante et injuste; vous savez bien que je n'ai pas peur d'elle, mais j'ai peur de lui faire de la peine. Car autrement, qu'est-ce que je risque? Nous ne sommes pas mariés, Juliette et moi; je n'ai prononcé aucun serment à la mairie ou à l'église; il n'y a pas auprès d'elle de vieux parents auxquels je doive compte du bonheur de leur enfant. Donc, si je prends des précautions, c'est bien pour elle et non pour moi; et cette prudence que vous dénommez peur pourrait mieux être dénommée pitié. Oui, l'amour que j'ai pour vous me rend plein de pitié pour elle, et puisqu'en nous aimant, nous pouvons être heureux, laissons-lui du moins, à elle, la façade du bonheur !

Pourtant, quand je voudrai, vous me la sacrifierez; mais je ne vous le demanderai pas, et vous avez raison; il ne faut pas faire de la peine: moi-même je ne serais pas heureuse,^ si nous faisions pleurer une bonne petite fille.

PIERRE Vous avez un cœur charmant. Alors, puis-je espérer?

ANTON lA Je ne me rappellerai jamais le nom...

PIERRE Je vais vous l'écrire.

Il tire son porte-cartes de sa poche et laisse tomber un portrait qu'il ramasse vivement.

ANTON lA Qu'est-ce que c'est que ça?

PIERRE Ça n'est rien...

ANTON lA Mais encore ?

PIERRE C'est un portrait.

ANTONIA De Juliette?

PIERRE Non... c'est le mien.

ANTONIA Montrez.

PIERRE Ça n'a aucun intérêt.

x\llons, voyons, montrez donc, vous êtes ridicule... n est bien... vous êtes flatté... vous me le donnez?

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