ACTE DEUXIÈME
LISTEL
A chaque instant.
PIERRE, saluant Madame Danglejais.
Madame... (A Listel.) Au revoir, monsieur. Et quand il est parti:
LISTEL
C'est un très charmant garçon, ce Létang, très sympathique. Revoyez-vous quelquefois son amie, avec laquelle nous avons dîné chez vous à Venise?
ANTONIA
Non, je ne l'ai pas revue depuis. D'ailleurs, je ne la connaissais pas, elle n'est pas mon amie. Je l'ai reçue ce soir-là, parce que, du moment que j'invitais Létang, c'eût été mal de la laisser à l'hôtel... et puis, à Venise, ça n'avait pas d'importance, mais ici, à Paris...
LISTEL
Oui, évidemment, vous ne pouvez pas.
ANTONIA
C'est difficile... je dois reconnaître qu'elle est très distinguée, très comme il faut... elle a tout à fait l'air d'une femme du monde.
LISTEL
Oh! tout à fait. D'ailleurs, vous savez qui c'est?
Non.
LISTEL
C'est une fille naturelle du duc de Sambleu, vous savez bien, le fameux due de Sambleu qui a fait une fête terrible dans les dernières années de l'Empire... enfin, celui qu'on avait surnommé la Vadrouille.
ANTON I A
Ah! c'est sa fille, ça ne m'étonne plus. Voyez, comme la race se reconnaît toujours!
LISTEL
Oui, oui, il a eu cette fille avec la célèbre Florence Roulier; la petite a été très bien élevée: couvent, Conservatoire, Odéon; c'est là que Létang l'a connue, en est tombé amoureux et l'a retirée du théâtre... elle est jolie.
ANTONIA Non, elle n'est pas jolie.
LISTEL
Elle a beaucoup de charme... et puis elle l'adore.
ANTONIA C'est l'essentiel.
LISTEL
Et elle est d'une jalousie!...
Oui. il paraît.
LISTEL
Elle lui a flanqué une balle dans la tête. Vous connaissez
l'histoire ?
ANTONIA, impatientée.
Oui, oui, je sais. (A Madame Danglejais., Et VOUS êtes
revenue à Paris définitivement, vous ne repartez pas?