‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 184 sur 216 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ANTONIA

Je connais ce nom-là. Est-ce qu'elle na pas chanté quelque part?

LISTEL

Oui, elle a voulu monter sur les planches. C'est une rage qu'elles ont toutes en ce moment. Elle avait inventé un numéro extraordinaire: elle avait rassemblé des vieux airs lorrains et bretons, des vieux noëls sur lesquels elle avait fait mettre des paroles polissonnes, et elle intitulait ça: Noëls rosses! Noëls rosses, j'adore ça. A quoi ça peut-il correspondre?... on ne sait pas... c'est fou!...

ANTONIA Et Damornay en est toqué.

LISTEL

Gâteux! c'est le baron Hulot... Il a quitté complètement sa femme; si ça continue, il ne laissera pas un sou quand il mourra, il donne tout à cette petite. C'est pour ça qu'il disait tout à l'heure que la famille s'en va. Et elle le trompe ! A un moment, elle faisait une telle noce, qu'on croyait qu'elle allait y rester... Alors on l'a envoyée à Menton, et Damornay lui écrivait tous les jours des lettres de quatre pages pleines d'exhortations paternelles, et elle lui renvoyait des dépêches: Zizi bien sage, ou: La petite fille s'est couchée à neuf heures.

ANTONIA C'est insensé!

LISTEL

Insensé. Madame, je vous dis au revoir... (A Madame Danglejais.) Madame. (A Roger.) Au revoir, monsieur. Et quand il est parti:

MADAME DANGLEJAIS

Il est très amusant, ce monsieur.

ANTONIA

Gui, il sait tout; il connaît tout le monde. (A Roger.) Mais je crois que vous ne l'aimez pas.

ROGER

Non, je ne l'aime pas: c'est le potinier, c'est le monsieur qui accueille toutes les calomnies, qui les colporte complais animent, sans contrôle. Tous les soirs, en sortant de la Bourse, il va dans les salons, faire chez les gens du monde sa provision de racontars et de cancans; il remplit son cabas qu'il va vider chez des vieilles grues qui, en revanche, vident moralement devant lui leur seau de toilette... J'ai horreur de ces gens-là.

ANTONIA

Vous êtes sévère.

ROGER

Pas encore assez... ne le défendez pas trop: je vous dirai pourquoi tout à l'heure.

Petit silence.

MADAME DANGLEJAIS, se levant brusquement. Au revoir, ma chère amie.

ANTONIA

x\u revoir... nous n'avons guère eu le temps de parler aujourd'hui; mais venez donc, je vous en prie, déjeuner avec moi un de ces jours... vous n'aurez qu'à me prévenir par un mot la veille.

MADAME DANGLEJAIS

C'est entendu.

Elle sort.

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