XXVI PRÉFACE
veloppe et Vétreiut. Alors, inconsciemment presque, il enregistre des observations; les événements sïnterprètent en lui; ainsi les éléments cVune pièce se forment obscurément, lentement et, quelque jour, il l'écrit avec méditation, mais sans préméditation. Dans certains cas, il ne choisit pas son sujet, c'est son sujet qui le choisit. Entendons-nous: tout de même, il en assume la responsabilité qui, parfois, ti'est pas mince.
Il faut souvent se vaincre soi-même pour ë interdire de rêver, car tout rêve a le droit et le devoir d'être magnifique, et qui d'entre nous n'avouerait pas des préférences pour V idéal et la beauté? Rêver, c'est flatter V optimisme des hommes, mais c'est aussi les berner. A demeurer dans la réalité, à prendre le sens du relatif, si vous aimez mieux, on perd le bénéfice d'une attitude généreuse et, par conséquent, plus tentante.
Croyez-vous que Michel ne rêve pas, lui aussi, les accords futurs des fraternelles patries? S'il met à la porte un jeune homme qui s'est exprimé sans nuances contre ceux qui font leur métier d'être soldats, cela ne signifie pas qu'il soit militariste, ni que la guerre soit pour lui cette chose divine quelle est pour Joseph de Maistre. Oh ! je ne fais pas d'érudition. J'ai lu dernièrement cette épithète sur les éventails que distribuaient des femmes gracieuses, dans une tombola au profit des blessés russes, et le fait même de cette tombola ne donne-t-il pas déplorablement raison à Michel, quand il dit que la guerre est une chose possible?
Les rêveurs peuvent s'étonner que le seuil du vingtième siècle soit ensanglanté par de semblables tueries. Ils se sont moins étonnés quand, récemment, des milliers d'années après les grandes formations géologiques, sur notre planète sillonnée par les paquebots et les locomotives, enchevêtrée dans mille réseaux de fils télégraphiques et téléphoniques, un