ACTE TROISIÈME
ROGER
JULIETTE
Je VOUS demande pardon, j'ai eu tort de vous dire... C'est ma faute aussi, je n'aurais pas dû pleurer comme une bête, mais c'a été plus fort que moi.
ROGER
Mais non, mais non... vous avez très bien fait, et vous n'avez aucun remords à avoir... vous avez très bien fait et je vous remercie... oui, je vous remercie; seulement, attendez... Il y a un moment pénible, n'est-ce pas? Mais c'est égal, je préfère la vérité au doute qui me ronge depuis que j'ai découvert son premier mensonge, le doute, cette chose obsédante et terrible qui, là-bas, au chevet de mon frère à l'agonie, me faisait penser: « Où est-elle? que faitelle?» Mais c'est fini maintenant, je suis bien armé et je pourrai la confondre quand elle viendra, car elle va venir tout à l'heure, je l'attends; en arrivant ici, la première chose que j'ai trouvée, c'est un bleu charmant, plein de cœur. Et quand j'étais là-bas, quand je lui ai télégraphié la nouvelle de la mort de mon frère, elle m'a écrit des lettres merveilleuses: tenez, lisez, lisez.
Il tire des lettres de sa poche et les tend à Juliette.
JULIETTE, le repoussant.- Non, non.
Si, si, lisez, je vous assure que ça en vaut la peine... C'est incroyable, hein? Avouez que le plus malin s'y tromperait? Oui, elle va venir tout à l'heure, et elle sera comme toujours à la hauteur des circonstances. Combien
pariez-vous qu'elle vient eu noii"? Elle sera consolatrice et maternelle, elle dira les paroles qu'il faut dire, et toute la franchise sera dans ses yeux. Ah! cabotine, va!
H donne nn coup sur la table et casse la tasse dans laquelle Clémence apporta du thé.
JULIETTE, sursautant.
Vous VOUS êtes fait mal?
ROGER
Je me suis coupé. Pauvre bol, ce n'est pas sa faute. Savez-vous ce que c'est que ça?
Il montre les débris de la tasse.
JULIETTE, qui a un peu peur.
Non.
ROGER
C'est un très vieux bol, c'est là-dedans que l'on a servi à ma mère et à ma grand'mère le bouillon de la mariée, une jolie vieille coutume; c'est là-dedans que la vieille Clémence, depuis dix ans, m'apportait du thé tous les matins, et le voilà brisé; mais je suis sûr qu'il ne m'en veut pas, car nos choses familières sont pleines de pitié pour nous, et, s'il pouvait parler, il me dirait peut-être: «T'es-tu fait mal. mon enfant?»
JULIETTE Roger !
ROGER
Non, n'ayez pas peur, je ne suis pas fou, je ne suis pas fou; mais parlons un peu de vous. Qu'est-ce que vous devenez au milieu de tout ça ? Vous n'êtes plus avec Pierre, naturellement.