ACTE TROISIÈME
ANTONIA, le regardant.
Mon pauvre ami. comme tu es paie, comme tu as l'air fatigué!
ROGER
Oui, je suis très fatigué, et puis, il fait triste dehors, il fait froid.
Je viens te réchauffer.
Ah! j'en ai grand besoin.
ANTONIA
J'ai bien pensé à toi, quand j'ai appris l'horrible nouvelle. J'aurais tant voulu être près de toi; c'est si terrible la mort de ceux qu'on aime ! Il semble qu'ils vous tirent par la main pour vous emmener avec eux; alors, de l'autre côté, on a besoin de quelqu'un qui vous retienne avec une main qui ne soit pas glacée, mais chaude de tendresse, et c'était ma main qu'il t'aurait fallu.
ROGER
Oui.
ANTONIA
Ah! tu étais si loin, si loin, je ne pouvais que t'écrire, et l'on écrit mal ce que l'on ressent.
ROGER Tu m'as écrit des lettres admirables.
ANTONIA
Oh! admirables, non. Je t'ai écrit des lettres d'amante.
322 L'AFFR,VNCHIE
ROGER C'est ce que je voulais dke.
ANTONIA
Enfin, te voilà, tu es là. nous allons pouvoir souffrir ensemble. Je ne sais pas comment j'ai vécu pendant que tu étais absent; j'avais défendu ma porte, je ne voulais voir personne. Quelquefois, l'après-midi, j'allais au Bois, près de notre petit lac mélancolique; je ne suis pas sortie du tout le soir, je restais chez moi, je me mettais au piano et je jouais Werther: ça me rappelait la soirée que nous avions passée ensemble. la veille de ton départ; je m'imaginais être encore près de toi; je jouais, tu sais, l'air que nous aimons.
Elle joue depuis l'endroit qui est marqué sur la partition, page 62, Uni. très calme et contemplatif, jusqu'à Charlotte et Werther paraissent à la porte du jardin. Pendant ce temps-là, Roger la regarde, il lui touche doucement l'épaule en disant.
ROGER Arrêtez! Xe vous fatiguez pas.
ANTONIA
Mais ça ne me fatigue pas. Pourquoi me dis-tu cela, chéri?
ROGER
Parce que j'ai pitié de vous. Je pourrais vous laisser aller comme ca longtemps, et vous joueriez toute la partition; mais encore une fois j'ai pitié de vous.
ANTONIA. interdite.
Je... je... je ne comprends pas.