‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 206 sur 216 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

ROGER

Vous allez comprendre. Voui> n'êtes pas seulement allée au Bois, pendant mon absence, près de notre petit lac mélancolique. N'êtes-vous pas allée aussi, 17. rue de Balzac?

AN TON I A, se levant.

Oui, en effet, jV suis allée.

ROGER Qu'y veniez- vous faire ?

Je n'ai pas à répondre, du moment que vous m'avez fait suivre, espionner comme une domestique.

ROGER

Quand une femme telle que vous ment comme une mauvaise domestique, on a le droit, j'imagine, de la faire suivre.

ANTONIA

C'est un procédé que je ne qualifierai pas.

ROGER

Oui, je sais, je sais. Il est entendu qu'un homme est une brute quand il agit envers une femme comme cette femme eût agi envers lui, dans des circonstances identiques, réciproques. Mais c'est fini, tout ça, c'est fini, il faut que ça change. D'ailleurs, je ne vous ai pas fait suivre, je répugne à ces moyens-là; je n'ai pas eu besoin d'aller chercher la preuve de votre trahison: on est venu me l'apporter; vous savez bien que les mauvaises nouvelles, tôt ou tard, viennent vous trouver sans qu'on se dérange. C'est Juliette, qui sort d'ici à l'instant même, qui a suivi

Pierre et qui l'a vu entrer, 17, rue de Balzac, dans un appartement où vous êtes venue le rejoindre. (Un long sOence.) Pourquoi avez-vous fait ça? Quand j'ai trouvé chez vous, la veille de mon départ, cette photographie de mon ami et que vous m'avez raconté que c'était Juliette qui vous l'avait prêtée, vous avez fait un des mensonges classiques qu'aurait fait n'importe quelle femme dans cette circonstance. D'ailleurs, le fait d'avoir découvert chez vous ime photographie que vous dissimuliez me mettait dans mon tort vis-à-vis de vous. Somme toute, je prenais l'offensive, vous vous défendiez comme vous pouviez. Et qu'à ce moment-là, vous m'ayez déclaré de vous-même que vous aimiez mon ami, on ne peut exiger ça d'une femme; vous étiez déjà trop compromise pour faire un tel aveu. Mais, quand je vous ai demandé de me dire si vous ne m'aimiez plus, pourquoi m'avez-vous fait des protestations passionnées ? Pourquoi cette comédie et ce batelage ?

ANTONIA Comment?

ROGER

Oui, ce batelage; c'est étonnant comme les mots vous choquent qui définissent exactement vos façons d'agir. Pourtant je vous avais bien expliqué que c'était votre droit de ne plus aimer, de ne plus m'aimer, et vous saviez que vous n'aviez rien à craindre de moi, ni rancune, ni colère, ni vengeance. Pourquoi donc n'avez-vous pas avoué, puisque c'était si simple? Ah! ah! c'est justement parce que c'était trop simple; si l'homme que vous n'aimez plus ne devient pas une pauvre loque pantelante ou ime bête furieuse, pour vous c'est manqué... vous n'avez pas le beau rôle! La perspective d'une séparation sans pleurs,

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