‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 25 sur 216 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

MADAME AUBIER Quelle folle, cette Andrée!

Maintenant tout le monde a quitté la fenêtre. Suzanne parle aux enfants qui disparaissent, puis elle s'installe avec son ouvrage.

HENRIETTE, venaût s'asseoir auprès de M'"^ Aubier dont l'aiguille court dans des étoffes Pompadour.

Qu'est-ce que vous faites donc là, Madame ?

MADAME AUBIER

C'est un tablier de jardin, petite dame... vous voyez... ça se noue comme ça, autour de la ceinture... le devant forme poche... alors vous travaillez dans le jardin... pour une raison ou pour une autre, vous voulez changer de place... vous fourrez votre ouvrage là dedans et vous n'êtes pas embarrassée.

HENRIETTE Pas possible.

MADAME AUBIER

C'est très commode... C'est un modèle que m'a prêté Madame Sureau... Si vous voulez, je vous le prêterai.

ANDRÉE

Voyons, maman, tu sais bien qu'Henriette ne fait jamais un point. (Un silence.) Ces pauvres Sonchamp!... c'est toujours triste un départ.

GEORGES

Oui, je te conseille de parler... tu as l'air vraiment frappé.

HENRIETTE

Tout à l'heure, ce sera mon tour... je saurai ce que ça signifie, quand je vous verrai agiter vos mouchoirs.

ANDRÉE

Oh! VOUS, ce n'est pas la même chose... Tout le monde ici vous regrettera... n'est-ce pas, tout le monde?

L'ONCLE EMILE, galamment. ^ H y a départ et départ.

GEORGES Le dîner ne sera pas gai ce soir.

L'ONCLE EMILE

Vous ne me jouerez plus du Schumann après le dîner, ni cet admii'able Tristan et YseuU que vous jouez si bien.

HENRIETTE

Oh! c'est si beau... c'est d'une inspiration si ardente! Mais je laisserai mes partitions, vos nièces vous feront de la musique.

L'ONCLE EMILE

Si je ne compte que sur mes nièces.

MONSIEUR AUBIER

Oui, nous serons tous très ennuyés de vous voir partir... on était habitué à vous voir là, à vous entendre causer... et puis, nous allons être privés d'une jolie femme.

HENRIETTE, désignant Suzanne et Andrée.

Mais il me semble que...

MONSIEUR AUBIER

Il n'y en a jamais trop... Enfin! les beaux jours ne peuvent pas toujours durer; l'automne s'avance et vous vous en allez avec les roses.

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