ACTE PREMIER
MONSIEUR AUBIER
Et VOUS n'avez pas été fière de voir votre mari avec un dolman bleu de ciel, des culottes rouges, des bottes!
HENRIETTE Ça ne m'a pas embaUée du tout.
ANDRÉE
Ah! ma chère, ne dites pas ça, l'uniforme des chasseurs est ravissant.
HENRIETTE
C'était la première fois depuis que nous sommes mariés, que je le voyais ainsi... ça m'a produit une impression qui sera lente à s'effacer.
L'ONCLE EMILE La joie du retour l'effacera.
MONSIEUR AUBIER
D'autant plus que depuis quatre semaines que Monsieur de Chouzé jeûne, il doit avoir les dents longues.
ANDRÉE
Oh! papa, tu sais qu'Henriette n'aime pas ces plaisanteries-là.
HENRIETTE
Monsieur Aubier a le droit de tout dire ; je salue en lui le représentant de la vieille gaîté française.
MONSIEUR AUBIER Mais je m'en vante.
HENRIETTE Seulement, la perspective que vous me faites entrevoir
ne me sourit pas du tout; non, je ne suis pas la femme de ces sortes de fringales.
L'ONCLE EMILE Vous n'aimez pas les jeux de satiété.
HENRIETTE
Les jeux de satiété?... Ah! oui... Monsieur Emile, vous êtes incorrigible. Enfin! j'espère bien que Gaston m'aura trompée ou, du moins, aura trompé sa faim avec quelque servante d'auberge.
MADAME AUBIER
Petite dame, vous ne pensez pas un mot de ce que vous dites et, si vous aviez soupçon d'une infidélité, vous ne seriez pas trop contente, comme les camarades.
HENRIETTE
Non, je vous assure, je suis de bonne foi. Voyons! Qu'est-ce que ça peut faire?
MONSIEUR AUBIER
Alors, vous n'êtes pas comme les femmes qui accompagnent leurs maris, quand ils font leurs vingt-huit jours ?
Il y en a?
Mais oui.
Quelle horreur!
HENRIETTE
LE CAPITAINE
HENRIETTE
ANDRÉE La femme doit suivre son mari.
Mais elle ne doit pas le poursuivre.