ACTE PREMIER
SUZANNE -
Alors, pourquoi s'est-elle faite catholique? Ça ne va pas ensemble.
MICHEL Encore une fois, parce qu'elle aimait Gaston de Chouzé.
SUZANNE
Mais non, ce qui l'a séduite dans cette union-là, c'était le nom, le titre; elle a voulu sortir de son milieu et devenir vicomtesse... D'ailleurs, ça ne trompe personne, on sait bien que sa noblesse ne remonte pas aux croisades.
L'ONCLE EMILE Tout au plus aux croisements.
SUZANNE
Pour une femme si intelligente, supérieure même, ce . n'est pas très logique.
MONSIEUR AUBIER
Je suis de l'avis de Suzanne; il y a là, en effet, une contradiction.
MICHEL
Oh! papa, il faut lui pardonner ça.
Il faut lui pardonner tout.
MICHEL
Non, mais de contradictions de ce genre, notre famille en est pleine.
L'ONCLE EMILE
N'en jetez plus!
MONSIEUR AUBIER Par exemple!
MICHEL
Les exemples ue manquent pas. Toi-même, n'es-tu pas un vieux républicain, un républicain de la première heure? Tu a< fait des barricades sous l'Empire...
MONSIEUR AUBIER Oui. eh bien?
MICHEL
Eh! bien, ayant acheté ce château oii nous sommes à un marchand de bien? qui 1" avait acheté lui-même à des nobles ruinés, tu as conservé pieusement les rideaux fleurdelysés de cette bibliothèque... et autres salamandres.
MONSIEUR AUBIER C'est ta mère qui tient à ces choses-là.
MICHEL
Et tu montres avec orgueil la chambre dans laquelle a couché François P^.
Ce n'est pourtant pas ta faute, tu n'y es pour rien.
Si les anciens possesseurs de cette demeure n'avaient pas emporté leurs portraits de famille, ils orneraient encore ces murs. Vous faites un grief à Madame de Chouzé d"avoir renié la foi de ses pères, mais elle ne l'a reniée qu'extérieurement, tandis que nous renions la nôtre à chaque instant et d'une façon absolue... nous ne savons même plus ce que nous sommes.