‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 35 sur 216 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

MADAME AUBIER Nous sommes de bons catholiques.

MICHEL

Oui, quand notre sœur aînée a pris le voile, n'ayant pu épouser l'homme qu'elle aimait, papa voulait étrangler son confesseur.

L'ONCLE EMILE

Ça, c'est vrai.

MICHEL, à son père.

Aujourd'hui qu'elle fait partie d'une congrégation non autorisée et qu'elle doit quitter la France, l'esprit de tolérance est entré dans ton cœur.

L'ONGLE EMILE C'est encore vrai.

MONSIEUR AUBIER, s'échauffant.

Je te conseille de parler. Et toi qui as une sœur religieuse et un frère soldat, tu écris des livres qui te font passer pour un anarchiste ! Si tu crois que ça m'est agréable !

MICHEL

Oui, nous sommes une famille française sans union, sans solidarité dans nos croyances, sans conséquence et sans parti pris; nous allons de tous les côtés, dans toutes les directions; c'est très malheureux.

MADAME AUBIER

Oh! vous n'allez pas commencer! Ces discussions-là tournent toujours très mal. Nous disions que Madame de Chouzé n'aimait pas son mari, voilà ce qu'il y a de plus clair.

MONSIEUR AUBIER

Ça me contrarie.

ANDRÉE

Qu'est-ce que ça peut te faire, papa?

MONSIEUR AUBIER

Cette petite Madame de Chouzé m'est très sympathique; j'aurais voulu la croire heureuse.

MADAME AUBIER

C'est plutôt Monsieur de Chouzé qui est à plaindre. Le jour où elle rencontrera un homme qui lui plaira...

LE CAPITAINE Ce ne sera toujours pas un militaire.

MADAME AUFIER Elle n'hésitera pas.

LE CAPITAINE

J'en ai peur; surtout avec ses théories sur le bonheur, n suffit de l'entendre, quand elle dit que la vie est courte et qu'il faut avant tout être heureux.

Elle a bien raison.

L'ONCLE EMILE Ce pauvre Gaston, je ne le vois pas blanc.

SUZANNE

Heureusement que, chez elle, tout se passe dans le cerveau. Je ne lui crois pas beaucoup de tempérament.

L'ONCLE EMILE Vous n'en savez rien, Suzanne. Le tempérament n'est

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