SCÈNE IV HENRIETTE, MICHEL. Un long silence
HENRIETTE
Tu m'as écrit une jolie lettre; je l'ai lue, hier soir, en me couchant... elle a passé la nuit avec moi et je l'ai relue ce matin.
Tu as bien déchiré toutes mes lettres?
HENRIETTE Pas encore.
MICHEL Où sont-elles ?
HENRIETTE
Là, dans mon sac... je veux les relire tout à l'heure, dans le train qui m'emportera loin de toi. Avant d'arriver à Paris, je les déchirerai. Travaillons-nous une dernière fois ?
MICHEL
Laisse là ces papiers... je travaillerai quand je serai seul, si je peux. Pense que dans une heure tu seras partie! Qu'est-ce que je vais devenir?
HENRIETTE
Tu es malheureux, mon pauvre petit; tu ne Tes pas plus que moi... Enfin! tu vas bien penser à moi; tu te rappelleras nos belles promenades dans la campagne, nos sensations de liberté dans ces grandes plaines oii l'on voit tant de ciel, et nos silences pleins de pensées, quand nous revenions sur les routes blanches, dans la fraîche tristesse des soirs. Ah! ces crépuscules de septembre, avec leur odeur d'herbes brûlées, je ne les oublierai jamais et, de ces trois semaines passées Tun près de l'autre, j'emporte d'ardents souvenirs.
MICHEL
Oui, pendant trois semaines, nos existences ont été mêlées. Comment pourrai-je désormais être séparé de toi! Il m'a semblé commencer une vie nouvelle... et il faut l'interrompre brusquement.
Dans six semaines, nous serons tous rentrés à Paris et nous nous re verrons.
MICHEL
Sans doute, nous nous reverrons encore dans le monde, dans des dîners, dans des soirées, comme l'année dernière...