‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 41 sur 216 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

parfois, dans les avenues désertes des quartiers lointains... nous nous assoirons, quand la nuit tombe, sur les bancs des promenades, comme des amoureux sans asile et forcés d'être platoniques.

HENRIETTE

Mais, pourquoi ces paroles découragées?

MICHEL

Parce que notre situation est singulière... Voilà près d'un an que nous nous sommes rencontrés ; dès le premier jour, nous nous sommes parlé comme si nous nous connaissions depuis dix ans; il y a entre nous des affinités multiples, une intimité nombreuse. Presque tout de suite nous nous sommes tutoyés comme des amants... et nous ne sommes pas des amants.

HENRIETTE

A qui la faute ? Nos rendez-vous peuvent être désormais moins errants... ce n'est pourtant pas moi qui peux m'occuper de chercher un asile.

MICHEL Et... tu viendrais ?

HENRIETTE, souriante.

Dame !

Et alors... tu te donnerais?

HENRIETTE Ça ne fait pas question.

MICHEL Ah! (Elle rit.) Il ne faut pas rire.

HENRIETTE

Mais si; je ris parce que tu as Pair désappointé. Il n'y a pourtant pas de quoi. La vérité, c'est que tu as peur de moi.

MICHEL

Tu es un être si mystérieux; tu as parfois un sourire inquiétant, tiens, comme en ce moment; et même lorsque ma bouche écrasait ton sourire sur tes petites dents cruelles, tu ne tressaillais pas.

HENRIETTE

Comment, je ne tressaillais pas?

MICHEL

2Son, je n"ai jamais eu l'indication que tu désirais autre chose.

HENRIETTE

Oui. comment le savoir?

MICHEL Alors, je me demande si tu y tiens.

HENRIETTE

Si j'y tiens? C'est stupide. ce que tu dis là! Lorsque tu me serrais contre toi et que je te donnais ma bouche, tu ne sentais donc pas qu'elle devenait glacée ? Quelle autre indication t'est donc nécessaire? Mais je t'ai déjà expliqué: j'ai horreur de ce qui peut ressembler à une surprise et je veux que l'abandon que je ferai de moi-même, pour avoir toute sa signification, soit prémédité et complet. Je ne suis pas un être mystérieux, ni insensible; une minute divine te convamcra de tout le contraire. Seulement, cette minute-là, c'est toi qui ne la désires pas.

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