SCÈNE VI
MICHEL, SUZANNE Suzanne s'installe avec son ouvrage.
SUZANNE
Ça ne te dérange pas que je vienne travailler auprès de toi?
MICHEL
Pas du tout. Pourquoi veux-tu que ça me dérange?
SUZANNE
Je ne sais pas, moi. (Un silence.) Tu as Pair songeur, Michel. Ah! les beaux jours sont finis.
MICHEL
11 y avait de la gelée blanche ce matin et le baromètre baisse.
SUZANNE
Et Madame de Chouzé est partie. La maison va te paraître bien vide, maintenant. Tu aurais dû aller la reconduire à la gare.
MICHEL
C'était inutile, puisque Georges et Andrée l'accompagnaient.
SUZANNE
Tu as préféré rester avec moi... c'est gentil ça. Et puis, il vaut toujours mieux s'épargner des scènes pénibles. Un train qui s'en va, emportant une personne chère, tandis que soi-même on reste sur le quai, ça doit être déchirant... Et ça s'est bien passé cette dernière leçon d'hébreu ?
MICHEL
Très bien.
SUZANNE
Tu dois être très fort maintenant; tu dois commencer à savoir parler...
MICHEL
Oh! il ne s'agit pas pour moi de parler l'hébreu, ni même de l'écrire, mais seulement de pouvoir le traduire au besoin.
SUZANNE
Évidemment... ça doit être difficile. (Elle rit.) Ça avance, ton travail sur les religions?
MICHEL
Je n'ai encore rien écrit. En ce moment, j'établis le plan de mon ouvrage; j'en suis encore à la période de préparation.
SUZANNE
De préparation, c'est bien ce que je pensais. Ah! depuis quelque temps, tu ne me tiens plus au courant de tes travaux comme autrefois.
MICHEL Un livre sur les religions, ça ne t'intéresserait guère.
SUZANNE
Pourquoi? Je tâcherais de comprendre. En m'appliquant bien, j'y arriverais peut-être. Tu ne crois pas?
MICHEL Oh! si.