‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 52 sur 216 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

droit, car il n'y avait pas un quart d'heure qu'ici, à cette même place, j'avais déclaré à Madame de Chouzé que je ne serais jamais son amant, et que nous ne devions plus nous revoir... Non, encore une fois, elle n'est pas ma maîtresse et je ne t'ai pas menti. Eh bien, oui, je l'aime! et je l'ai aimée parce que je me suis senti revivre auprès d'elle, parce qu'elle m'a donné les sensations dont j'ai besoin, dont j'ai besoin comme de l'air qu'on respire... j'étais enfermé et j'étouffais ici. Je croyais être heureux, et je me suis aperçu que mon bonheur n'était qu'une léthargie, et que j'assistais lentement à l'agonie de mon intelligence et de ma personnalité. Elle est apparue, et ce fut dans ma vie comme un renouveau! Et cependant, c'est pour toi, pour toi qui m'insultes et ne veux rien comprendre, que j'ai décidé de rester dans le devoir, c'est pour toi que je me suis sacrifié. Ah! malheureuse, qui pouvais ignorer et qui as voulu savoir!

SUZANNE

Tu t'es sacrifié, c'est sublime ! mais je ne t'en ai aucune reconnaissance et je n'accepte pas ton sacrifice. Je ne veux pas que tu restes par devoir et, sans doute, par pitié... Je n'ai pas besoin de ta pitié; ne t'inquiète pas de moi. Si je ne suis pas morte sur le coup d'une telle révélation, c'est que je ne suis pas de celles qui en meurent. Puisque la vie honnête et familiale te pèse, puisque tu t'ennuies ici, puisque tu en aimes une autre, tu ne m'appartiens plus et je n'ai pas le droit de te retenir dans l'ombre conjugale.

MICHEL

Suzanne !

SUZANNE, allant ouvrir la porte toute grande sur le parc. Va vers la lumière, va vers le bonheur et l'amour!

Puisque tu étouffes ici, va respirer auprès de ta Juive... va la retrouver... va... va... adieu!

MICHEL Suzanne !

SUZANNE

Non, c'est fini. Regarde-moi... je ne te pardonnerai jamais.

MICHEL Tu es une orgueilleuse... Adieu!

Il s'enfuit,

SUZANNE, seule.

Oui, une orgueilleuse.

Elle éclate en sanglots.

RIDEAU

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