‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 59 sur 216 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ANDRÉE

Oh! alors...

JUDITH

Monsieur de Chouzé ne voulait pas que je me coiffasse ainsi... il prétendait que ça accusait mon type... C'est comme mon nom: il avait exigé qu'on m'appelât Henriette; mais je m'appelle Judith... C'est le nom qu'il faut me donner désormais.

ANDRÉE

C'est entendu. Et, à part ça, vous avez fait un beau voyage ?

JUDITH Très beau... Vous savez que nous revenons de Jérusalem ?

ANDRÉE Oui, oui, je sais... Ça n'est pas banal...

JUDITH

Oh! nous n'avons pas recherché l'originalité. J'avais simplement envie de voir Jérusalem. J'éprouvais le besoin de me débaptiser en quelque sorte. Et puis, c'est un vœu que j'avais fait, il y a cinq ans, le jour de mon mariage, en montant les marches de la Madeleine.

J'ai une amie, le jour de son mariage également, en montant les marches de la Trinité, son pantalon a craqué. Elle s'est dit: Ça y est, je tromperai mon mari.

JUDITH, riant.

Ah! ah! C'est admirable! Je ne savais pas ça... Alors, ça signifie?

ANDRÉE

Dans notre religion, oui... enfin dans notre religion... c'est-à-dire...

JUDITH

Je comprends bien... c'est une petite superstition française...

ANDRÉE C'est joli, Jérusalem?

JUDITH

Joli, non; mais c'est intéressant et. surtout, d'une évocation puissante. Songez-donc. c'est le berceau de la religion.

ANDRÉE

Vraiment ? Et y avait-il beaucoup de monde ?

JUDITH

Non, au mois d'octobre, il n'y a jamais grand monde. C'est au moment de Pâques que les pèlerins et les touristes affluent. Ça nous a permis de ne pas rencontrer les odieux Cooks. (Très grave, soudain.) Pourtant, mi vendredi soir, siu- la place des Lamentations, je me suis trouvée avec un misérable troupeau de coréligionnaii'es russes, qui priaient en se dandinant, tandis que je pleurais devant de gros blocs de pierre qui sont tout ce qui reste du temple de Salomon.

ANDRÉE, très étonnée.

Vous pleuriez?... Pourquoi pleuriez-vous ?

JUDITH

Mais de pitié et d'admiration devant la misère et la foi de ces pau^Tes gens... Ah! je n'oublierai jamais ce spectacle-là, que la tristesse d'un crépuscule d'automne ren-

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