ANDRÉE JUDITH
ANDRÉE
. Quelle imprudence! Songez donc, si vous ne vous étiez pas plu, si au moment de... si après avoir... enfin vous me comprenez, si vous aviez eu une déception...
Il ne pouvait pas y en avoir; il n'y en a pas eu.
ANDRÉE Je n'ai plus rien à dire.
JUDITH
Quoi qu'il en soit, à ce moment-là, je n'étais pas sa maîtresse; alors vous comprenez, vis-à-vis de mon mari, j'étais très forte.
ANDRÉE
Je crois bien... et alors?
JUDITH
x\lors, j'ai dit à Gaston que j'aimais Michel et que j'allais le rejoindre.
ANDRÉE Mais comment a-t-il pris ça, Gaston?
JUDITH
Mieux que je n'aurais cru... il faut tout dire, c'est un galant homme. Il a voulu d'abord m' étrangler, mais ça, c'est un geste réflexe.
ANDRÉE Réflexe ?
JUDITH
Oui... on appelle réflexes les mouvements que l'on fait sans réflexion.
ANDRÉE Bizarre.
C'est comme ça. 11 voulait donc m' étrangler, il voulait se battre avec Michel.
ANDRÉE
Ah! ma chère, un duel... que me dites-vous là, c'est affreux!
JUDITH
Ne vous frappez pas, Andrée, puisque ce duel n'a pas eu lieu. J'ai laissé passer la tempête et, après, nous avons causé. Il faut vous dire que je l'avais préparé depuis longtemps à cette éventualité; il connaissait mon vif désir d'indépendance, mon ardent besoin de bonheur et, surtout, mes idées sur le droit absolu qu'une femme a de disposer de sa personne.