ACTE DEUXIÈME
MICHEL Ça ne se raisonne pas.
JUDITH
Je n'admets pas ce qui ne se raisonne pas. Qu'est-ce que tu lui reproches?
MICHEL
Je ne peux pas te dire... je reconnais qu'il est très bien... évidemment, c'est un esprit fort distingué... mais c'est un tas de détails... ça ne s'explique pas... ce sont des choses que l'on sent... ce Lazare qui ressuscite au bout de cinq ans...
JUDITH
C'est de l'esprit facile.
MICHEL
Oh!... je n'y pensais même pas... c'est une coïncidence. Enfin, il arrive ici, il s'installe, il est tout de suite à son aise avec toi, comme s'il t'avait vue la veille.
JUDITH Ça se comprend, il m'a connue avant mon mariage.
MICHEL
Il te parle devant moi de Monsieur de Chouzé et d'un passé qui ne m'est pas très agréable... J'ai même cru un moment qu'il allait te parler de son ancien amour pour toi.
JUDITH Il ne l'a pas fait, sois juste.
Et puis, cet homme qui sait exactement tout ce que
nous faisons, qui connaît notre adresse avant tout le monde...
JUDITH
Il t'a expliqué comment; c'est très simple: nous avons le même marchand de curiosités...
MICHEL
De curiosité, c'est le mot. (Judith hausse les épaules.) Je ne trouve pas tout ça naturel. Je n'aime pas non plus qu'il ait guetté, pour ainsi dire, notre retour, et qu'il se soit précipité tout de suite pour me demander une signature.
JUDITH
Ça prouve qu'il y attache la plus grande importance... Tu ne peux pas t'en offenser. Ce que tu lui reproches n'est pas bien grave... et je sais bien ce qu'il y a au fond de tout ça.
MICHEL Qu'est-ce qu'il y a?
JUDITH
J'ai eu l'imprudence de te dire qu'il m'avait aimée, alors tu étais prévenu contre lui et résolu d'avance à être désagréable. Tu as réussi d'ailleurs.
MICHEL
Ce n'est pas ça du tout.
JUDITH
Alors, pourquoi n'as-tu pas voulu signer? Veux-tu me dire tes raisons?
Mais je te les ai dites, mes raisons.