ACTE DEUXIÈME JOl
JUDITH
Voyons! ce n'est pas sérieux... ça ne tient pas debout... tu as été au-dessous de tout. Ah! je n'étais pas fière de toi, je t'assure. Je t'écoutais avec stupeur, avec tristesse.
MICHEL
Tu as fait plus que de m'écouter, tu es entrée avec violence dans le débat.
JUDITH
Je ne peux pas entendre des choses pareilles et me taire. D'ailleurs, il est impossible que tu penses un mot de ce que tu as dit.
MICHEL
Je te demande pardon.
JUDITH C'est nouveau, alors?
MICHEL
Oui, depuis quelque temps, je suis très troublé par tout ce qui se passe autour de moi.
Un silence.
JUDITH
Tu te trompes, Michel, ce n'est pas par ce qui se passe
autour de toi que tu es troublé, mais par ce qui se passe
en toi.
Que veux-tu dire ?
JUDITH
Tiens: il a suffi que tu aies revu ta sœur tout à l'heure, et qu'elle t'ait parlé de ta femme, pour que tu sois redevenu un homme inquiet, tourmenté, hésitant, sans certitude de tes idées et sans courage de ta vie. Comprends-moi bien:
je ne veux pas dire que la visite de ta sœur t'ait précisément empêché de donner la signature que te demandait Lazare. Mais pourtant, et bien que ces deux choses n'aient pas logiquement le moindre rapport, elles ont dans ta conscience des rapports indirects, obscurs et lointains. Je te connais bien: depuis une heure, tu n'es plus le même. Ah ! tu ne sais pas dissimuler, et l'expression de ton visage change, selon tes sentiments, comme un paysage sous la lumière des différentes heures du jour.
MICHEL
Si je te disais que ça ne m'a rien fait de revoir ma sœur et de parler de mes parents, de mes enfants... et de ma femme, tu ne me croirais pas...
JUDITH
Pourtant, Andrée ne t'a rien appris de nouveau. Tu redoutais des larmes, le désespoir, le drame même... et on ne t'a pas poursuivi, on ne s'est pas tué. Au lieu de ça, on s'est cuirassé d'orgueil; tout est pour le mieux.
MICHEL Elle a failli mourir.
JUDITH
Ah! mon pauvre Michel, toujours des doutes, des scrupules, des angoisses, des remords, tout ce qui empoisonne la vie, tout ce qui vient troubler l'eau claire du bonheur, tout ce que ceux de ta race ont inventé pour faire douter les hommes du droit et du devoir même qu'ils ont d'être heureux.
MICHEL
Oui, ces angoisses, ces remords, tu ne les comprends pas; nous n'avons pas reçu la même éducation: on t'a