ACTE DEUXIÈME
JUDITH
Et toi, un aryen, un propre aryen. Tu vois, c'est toi qui recommences les guerres de religion. Pourtant, rappelletoi ce jour, à Jérusalem, où nous avons voulu visiter, dans le même après-midi, les ruines du Temple, le Saint-Sépulcre et la Mosquée. Le soir, quand nous nous sommes endormis, nous avons reconnu que le véritable sanctuaire, dans la Ville trois fois sainte, c'était la pauvre chambre d'hôtel où nous venions de nous prendre intensément, éper dûment, et qu'il n'y avait qu'une religion: l'amour.
MICHEL Quand nous avons reconnu ça, nous étions très fatigués.
JUDITH Oh! anéantis... Tu te rappelles?
MICHEL Tais-toi, tais-toi, tu es ime satanique.
JUDITH
Ne t'en plains pas, mon amant chéri; nous aurons encore des nuits semblables, après des journées remplies de pures émotions, des journées et des nuits si belles que nous ne pourrons pas croire à leurs lendemains (ils s'embrassent). Seulement, ces émotions-là, il faut les chercher; il faut changer d'horizons car, devant des spectacles nouveaux, on devient des amants nouveaux. Je voudrais être nomade, errante, bohème, cosmopolite. Ah! surtout, ne soyons pas casaniers.
MICHEL Mais je ne demande pas mieux, je ne suis pas casanier.
JUDITH
Si, mon coco chéri, tu es cela, tu hésites à te déplacer... Ce n'est pas ta faute... Ça tient aux exemples sédentaires que tu as eus sous les yeux. (Elle rit.) Quand je t'ai parlé d'aller à Jérusalem, tu as cru que je devenais folle, ça renversait toutes tes idées. Ton rêve voguait comme une gondole, sur les canaux de Venise ou, comme une nacelle, sur les lacs d"Italie. Tu as besoin d'être entraîné, laisse-moi diriger le mouvement.
MICHEL, l'embrassant.
Dirige-le.
JUDITH Dis-moi. trésor, tu vas signer?
MICHEL Quoi donc?
JUDITH A la ligue... la lisfue de Lazare Hœndelssohn.
MICHEL Comment, tu y penses encore!
JUDITH Tu signeras. Tu es obligé... Je le lui ai promis...
MICHEL En voilà une raison!
JUDITH Ah! si je pouvais signer à ta place.
MICHEL Ce serait un faux.