ACTE DEUXIÈME
MICHEL
Je t'aime Judith, je t'adore... Tu le sais bien.
JUDITH
Alors ne regrette pas l'acte d'énergie qui t'a libéré et nous a permis d'être l'un à l'autre. Ose le regarder en face, au lieu de le contempler dans je ne sais quel miroir qui le déforme.
MICHEL
Je ne le regrette pas. Seulement, je t'explique: ma conscience dormait, comme un étang, sous la lumière de ton amour, et cette visite de ma sœur a fait remonter à la surface...
JUDITH
La morale ancienne. Ah! tu es bien de ta race...
MICHEL
Toi aussi... Enfin! c'est un nuage qui a passé... et tous mes doutes disparaîtront dans l'ivresse certaine de te posséder.
Ils s'étreignent longuement,
JUDITH
Tu vois, je n'ai pas d'orgueil, moi, je n'ai pas d'amourpropre. Tu m'as fait de la peine et je te pardonne. Je t'aime et tu pourrais me faire n'importe quoi, me tromper même, je ne cesserais pas pour ça de t'aimer.
MICHEL C'est vrai?
Et toi, ce n'est pas la même chose ?
MICHEL
Comment ?
JUDITH
Si je te trompais, tu cesserais de m'aimer?
MICHEL Sans doute.
JUDITH
Oh! ça c'est trop fort... Comment peux-tu dire une chose pareille? Tu en es donc sûr?
MICHEL Mais oui.
JUDITH
C'est-à-dire que tu ne cesserais pas de m'aimer... au contraire... Mais ta dignité, ton honneur, comme tu dis, te commanderaient de ne plus me revoir et tu préférerais souffrir comme une bête. Est-ce ça?
MICHEL Si tu veux.
JUDITH
Eh! bien, voilà ce que je ne comprends pas... ce que je ne comprendrai jamais.
MICHEL C'est parce que nous ne sentons pas certaines choses de la même façon.
C'est sans doute parce que je suis une sémite.
MICHEL, souriant.
Mais oui, une sale sémite.