ACTE DEUXIÈME
La loi du lolus fcvitle est une chose admirable... Tu as entendu, Lazare l'a dit.
MICHEL Oh! si Lazare l'a dit!
JUDITH, venant sur les genoux de Michel. Tu n'as pas la situation que tu devrais avoir.
MICHEL Je me contente de celle-là.
JUDITH
Non, sois sérieux.
MICHEL Je ne suis pas même le chef de la vieillesse stupide.
JUDITH
Et, pour ça, il faut connaître des gens influents, se créer des relations utiles, comprends-tu?
MICHEL
Oh! utiles, je comprends bien; seulement, ces choses-là, quand on ne les fait pas d'instinct, on les fait mal.
JUDITH
Sois tranquille... Je suis là... je m'en charge, laisse-moi faire... Mais tu m'écouteras?
MICHEL Je t'écoute.
Ils s'embrassent longuement.
JUDITH
Quelle heure est-il?
MICHEL Il est quatre heures.
JUDITH Veux-tu sortir un peu?
MICHEL, très tendre.
Oh! sortir, tu crois?...
JUDITH
Oui. oui, ce sera plus raisonnable... la maison est pleine d'ouvriers. Allons sur cette terrasse des Tuileries, tu sais, d'oii l'on voit le soleil se coucher, en haut des Champs- Elysées. C'est là que l'année dernière, à pareille époque, nous nous sommes donné notre premier rendez-vous. J'étais si heureuse et si triste, ce jour-là. Tout à coup le ciel est devenu tout rose, et tout était rose, les monuments, la terrasse et nous-mêmes. C'était d'une telle beauté! Puis la nuit est venue... On entendait les cloches des bateaux, sur la Seine, comme des petits angélus hâtifs. Et puis, il a fallu se séparer et, pour la première fois, je t'ai dit: « L'an prochain à Jérusalem!...» Tu te rappelles?
MICHEL Oui, je me rappelle.
JUDITH
Je ne m'étais pas beaucoup trompée.
MICHEL
Va t'apprêter.
JUDITH
Je ne serai pas longtemps; mais avant, dis-moi que tu m'aimes.