ACTE TROISIÈME
PAULINE
Ah! oui.
Elle reprend sa conversation avec le D' Lurdau.
VOWENBERG posant YHoraire sentimental sur la table.
Moissac, vous avez tort de mépriser ce livre-là... vous savez que c'est de tout premier ordre.
MICHEL Je Tai lu... C'est surtout très habile.
VOWENBERG
Oh! c'est plus qu'habile... il y a là dedans toutes les qualités d'un Stendhal, avec plus de profondeur et. surtout, plus de style.
MICHEL
Oh! non, Vowenberg. ne prononcez pas le nom de Stendhal à propos de ce petit Sproom. Voyons, Stendhal, c'est tout de même autre chose.
VOWENBERG, avec autorité.
Enfin, vous ne trouvez pas. moi je trouve. Je maintiens que c'est stendhalien. D'ailleurs, le livre en est à sa douzième édition... en quinze jours, c'est joli.
MOISSAC
Oh! ce petit Sproom fait admirablement sa réclame. C'est très Israélite d'ailleurs. Quand vous faites quelque chose, vous autres, on le sait: il y a sept frères qui sont morts pour votre religion, ils ont trouvé moyen de donner leur nom à tous les cadavres.
JUDITH, apportant une tasse de café à Michel. De qui parlez-vous ?
MOISSAC
Des frères Macchabées.
JUDITH A propos de quoi?
MOISSAC A propos de votre jeune ami, l'Horaire sentimental.
JUDITH
C'est un chef-d'œuvre! Les cent premières pages sont tout à fait d'un o;rand écrivain.
MOISSAC Voilà une chose qu'il ne faut pas dire.
JUDITH Pourquoi ?
MOISSAC
Vous feriez croire qu'à la cent-unième page, ce jeune homme a cessé brusquement de savoir écrire.
Cependant le D"^ Lurdau et Pauline sont descendus en scène. Judith, qui a fini de servir le café, vient les rejoindre avec Andrée.
JUDITH Vous accaparez le docteur Lurdau. Pauline.
PAULINE
Je ne l'accapare pas du tout, nous causions.
JUDITH
Ah! c'est que Madame Afkler est une de vos grandes admiratrices, docteur Lurdau; elle connaît tout ce que vous avez écrit... d'ailleurs, elle connaît tout.