SCÈNE VI NELLY, SANDRAL
SANDRAL.
Le misérable!
NELLY
Non, le malheureux.
SANDRAL.
C'est qu'il m'aurait étranglé pour de bon! Tu as vu cet accès d'orgueil, de paternité qui lui a pris tout à coup ?
NELLY
Mais voulais-tu réellement donner ton nom à son invention ?
SANDRAL.
C'est-à-dire qu'hier, nous en avons parlé, mais sans y attacher d'importance... lui-même paraissait accepter
cette idée... Seulement, il a passé la nuit à boire et, ce matin, il se croit exploité. D'ailleurs, je vais la lui rendre, son invention... je n'aurai que des ennuis avec cette affaire.
Je me rappelle, la première fois que tu m'as parlé de cette affaire, tu avais amené Fargis à déjeuner. Tu jouais avec une balle; à un moment, la balje a roulé sous un meuble; Robert l'a ramassée.
SANDRAL.
Eh bien?
NELLY
Eh bien, voilà. Est-ce drôle, tout de même, les pressentiments : je te voyais sans enthousiasme entreprendre cette nouvelle affaire... Est-ce vrai?
SANDRAL.
Oui, c'est vrai.
NELLY
Et, pourtant, ]e ne pouvais pas prévoir ce qui est arrivé. Mais, tu te trompes, tout le monde n'est pas contre toi. Si tu veux être juste, je resterai ton amie, si tu veux t'efforcer d'être juste.
SANDRAL.
Oui, j'ai été injuste, tout à l'heure... Je te demande pardon.
NELLY
Tu n'es pas méchant; seulement, tu as l'ivresse de la puissance, et tu crois de bonne foi que tout t'est permis. Par ta fortune, par ta chance, tu es arrivé à une sorte de féodalité; c'est très dangereux.
SANDRAL.
Oui, c est possible; mais il est trop tard pour que
je change... A mon âge, il n'est pas de conversions brusques. Oh! je reconnais que tu es meilleure que moi. Aussi, je ne t'empêche pas de faire ce que tu crois devoir faire.
NELLY
C'est déjà beaucoup.
SANDRAL.
Aide Robert à redevenir un honnête homme, si tu penses que c'est encore possible.
NELLY
J'en suis convaincue.
Sur ces mots le domestique est entré.
LE DOiMESTIQLE.
Madame, Mme Bayanne est là... elle voudrait parler à madame.
NELLY
Vous l'avez fait entrer dans le petit salon?
LE DOMESTIQUE
Oui, madame.
SANDRAL.
Sa mère?... Comment se fait-il?...
NELLY
Oui... je lui ai envoyé une dépêche, hier. Je savais déjà que c'était nécessaire... Il faut qu'elle emmène Robert, qu'elle le garde auprès d'elle.
Alors, tu vas lui dire?...
NLLLY.
11 le faut.
SANDRAL.
Pauvre femme!
IfO LA PATRONNE
NELLY
Oui... pauvre femme!... mais, laisse-nous seules.
SANDRAL.
Oui...
Il sort.
NELLY, au domestique.
Faites entrer Mme Bayanne.