‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 100 sur 203 · SCÈNE VI NELLY, SANDRAL · texte numérisé non relu

SCÈNE VI NELLY, SANDRAL

SANDRAL.

Le misérable!

NELLY

Non, le malheureux.

SANDRAL.

C'est qu'il m'aurait étranglé pour de bon! Tu as vu cet accès d'orgueil, de paternité qui lui a pris tout à coup ?

NELLY

Mais voulais-tu réellement donner ton nom à son invention ?

SANDRAL.

C'est-à-dire qu'hier, nous en avons parlé, mais sans y attacher d'importance... lui-même paraissait accepter

cette idée... Seulement, il a passé la nuit à boire et, ce matin, il se croit exploité. D'ailleurs, je vais la lui rendre, son invention... je n'aurai que des ennuis avec cette affaire.

Je me rappelle, la première fois que tu m'as parlé de cette affaire, tu avais amené Fargis à déjeuner. Tu jouais avec une balle; à un moment, la balje a roulé sous un meuble; Robert l'a ramassée.

SANDRAL.

Eh bien?

NELLY

Eh bien, voilà. Est-ce drôle, tout de même, les pressentiments : je te voyais sans enthousiasme entreprendre cette nouvelle affaire... Est-ce vrai?

SANDRAL.

Oui, c'est vrai.

NELLY

Et, pourtant, ]e ne pouvais pas prévoir ce qui est arrivé. Mais, tu te trompes, tout le monde n'est pas contre toi. Si tu veux être juste, je resterai ton amie, si tu veux t'efforcer d'être juste.

SANDRAL.

Oui, j'ai été injuste, tout à l'heure... Je te demande pardon.

NELLY

Tu n'es pas méchant; seulement, tu as l'ivresse de la puissance, et tu crois de bonne foi que tout t'est permis. Par ta fortune, par ta chance, tu es arrivé à une sorte de féodalité; c'est très dangereux.

SANDRAL.

Oui, c est possible; mais il est trop tard pour que

je change... A mon âge, il n'est pas de conversions brusques. Oh! je reconnais que tu es meilleure que moi. Aussi, je ne t'empêche pas de faire ce que tu crois devoir faire.

NELLY

C'est déjà beaucoup.

SANDRAL.

Aide Robert à redevenir un honnête homme, si tu penses que c'est encore possible.

NELLY

J'en suis convaincue.

Sur ces mots le domestique est entré.

LE DOiMESTIQLE.

Madame, Mme Bayanne est là... elle voudrait parler à madame.

NELLY

Vous l'avez fait entrer dans le petit salon?

LE DOMESTIQUE

Oui, madame.

SANDRAL.

Sa mère?... Comment se fait-il?...

NELLY

Oui... je lui ai envoyé une dépêche, hier. Je savais déjà que c'était nécessaire... Il faut qu'elle emmène Robert, qu'elle le garde auprès d'elle.

Alors, tu vas lui dire?...

NLLLY.

11 le faut.

SANDRAL.

Pauvre femme!

IfO LA PATRONNE

NELLY

Oui... pauvre femme!... mais, laisse-nous seules.

SANDRAL.

Oui...

Il sort.

NELLY, au domestique.

Faites entrer Mme Bayanne.

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