SCÈNE Vil NELLY, MADAME BAYANNE
MADAME BAYANNE
Bonjour, ma chère amie... mais qu'est-ce qu'il y a? Sitôt que j'ai reçu votre dépêche, j'ai pris le train; j'ai voyagé cette nuit... je viens d'abord chez vous, comme vous m'en priez... qu'y a-t-il?... Robert!
NELLY
Rassurez-vous, mais il a été très malade... il a été très malade.
MADAME BAYANNE
Gomment... en danger?
Oui... mais ce n'est pas son corps qui a été malade... ce n'est pas son corps... comprenez-vous.
MADAME BAYANNE
Hélas! dites-moi tout.
NELLY
Je vais vous faire beaucoup de peine.
MADAME BAYANNE
Vous ne m'en ferez pas plus qu'il ne vous en a fait.
Ello ouvre ses bras à Nolly qui s'y jette en pleurant.
Rideau.
LE
1 MOLIÈRE
Je prends la liberté, Monsieur, de vous écrire, en ayant pris une bien plus grande qui fut d'écrire une comédie sur votre ménage, et j'estime que, si Von transporte sur la scène un homme tel que cous, on lui doit des explications, sinon des excuses.
J'eus l'idée de cet ouvrage, il y a quelques années, un
li gras, à la Comédie- Française; on représentait, en
■œe, la farce de Monsieur de Pourceaugnac, pour la
plus grande joie des enfants que leurs parents mènent ce
jour-là au spectacle. C'était M. Coquelin, le cadet, qui
jouait le rôle du gentilhomme limousin et, tandis que je
payais le joyeux sociétaire courant dans la salle, poursuivi
par les apothicaires armés de leurs instruments, je son-
geais que c'était vous qui aviez créé ce rôle, écrit cette
bouffonnerie, vous, l'auteur du Misanthrope et le mari
d'Armande Béjarl, et dans la minute, ma pièce jut
ne.
C'est toujours une chose délicate que de montrer sur
les planches un personnage qui a réellement vécu. En ce
qui vous concerne, Monsieur, si l'on vous connaît admira-
bl ment comme auteur, suffisamment comme directeur et
leur, on marche avec moins de surêté, quah
entre dans votre vie privée. — Pourquoi y entrer, direzvous? Qui vous y oblige? Où donc est la nécessité de ne pas me laisser tranquille? — J'entends bien, mais c'est la faute de votre premier biographe, J.-L. Le Gallois, sieur de Grimarest. Oui, c'est lui qui a commencé : il raconte des anecdotes, il nous laisse comprendre que vous ne vous entendiez pas le mieux du monde avec Armande; il en dit trop ou pas assez, et par là il éveille une curiosité qui ne s'est pas encore rendormie. Ce naïf admirateur, c'est le premier auteur dit Ménage de Molière, à moins que ce ne soit vous-même, comme j'essayerai de vous le démontrer tout à l'heure. Après le sieur de Grimarest, c'est encore la faute à l'auteur anonyme de La Fameuse Comédienne. Celui-là, moins naïf, écrit sur vous et votre femme, des horreurs. Alors, on s'enquiert, on controverse, on s'indigne, on se passionne. Il en résulte une exégèse formidable d'oiiyous sortez, Monsieur, parmi les grands écrivains du grand siècle, celui qui nous est à la fois le plus connu et le plus mystérieux. Et puis, songez donc, pas un manuscrit, pas une lettre de vous, ni à Boileau, ni à Racine, ni à La Fontaine, ni à Chapelle, à aucun de vos amis! Si bien que l'on a prétendu que vous n'aviez pas existé, ou encore que vous étiez le Masque de fer. Il faut vous faire une raison : vous êtes un personnage très émouvant et très tentant.
Je suis donc entré, à la suite de tant d'autres, dans votre vie privée; j'ai pénétré dans le maquis de la documentation. Et, d'abord, puisqu'il s'agissait de votre ménage, j'ai tâché à démêler si la personne que vous aviez épousée, cette attirante Armande Bêjart, était la sœur ou la fille de votre maîtresse Madeleine.
Jusqu'en 1821, on a cru que vous aviez épousé la fille;
Grima rcst le dit résolument, et ce n'est pas pour vous faire du tort : il vous aime, il vous estime, il vous admire, vous êtes son héros; il rapporte les traits de votre vie « en les proposant comme exemple aux personnes les plus: élevées »/ il n'appuie pas, il est vrai, sur ce trait-là , mais il n'y aitaclw aucun blâme. En outre, de tous ceux qui ont écrit sur ce sujet, il est le plus près des événements, puisqu'il publie son petit livreen 1707. Je saisbicn que ce n'est pas toujours une raison! Mais l'auteur de La Fameuse Comédienne le dit aussi, et encore le jeune Racine dans une lettre au jeune abbé Le Vasseur, et encore l'honnête Boileau, par le canal de Brossette. D'autre part, depuis 1821, nous connaissons une demi-douzaine d'actes notariés, officiels dans lesquels Armande est dite fille de Marie Hervé et, par conséquent, saur de Madeleine Bêjart. Embarras cruel! Des actes notariés ne sont pas bagatelle; mais, tout de même, le témoignage des contemporains n'est pas négligeable. Il y a des gens qui ne veulent pas, pour votre honneur et, il semblerait, pour le leur, que vous ayez épousé la fille de votre maîtresse. Qu'est-ce que cela peut leur faire? Et voilà, par exemple, une chose qui vous regarde! Certaines personnes pensent, au contraire, que dans l'acte de renonciation d'où découlent tous les autres (souffrez que je vous renvoie à la note 15, page 342), il y a une erreur volontaire, une substitution de mère ou d'enfant, comme il s'en rencontre au dénouement de quelques-unes de vos" pièces. Vous auriez alors épousé une jeune substituée, ce qui serait encore d'un me de théâtre. Mais que vous ayez épousé la sœur ou li fille de votre maîtresse, ce n'est pas pour nous la chose
essentielle : il reste que vous aviez quarante ans et
qu' Armande en avait dix-neuf. Calculez! Dans ces conditions, votre femme vous fut-elle fidèle?
Naturellement, les Armandistes ne cloutent pas un seul instant de sa vertu; mais Grimarest est moins optimiste et l'on ne peut pas le suspecter de méchanceté ni de mauvaise foi. Il n'accuse pas formellement Armande; il est trop galant homme pour en faire une femme galante; il l'excuse même : « 77 est bien difficile à une comédienne « belle et soigneuse de sa personne, d'observer si bien sa « conduite que l'on ne puisse l'attaquer. » Mais il la dépeint terriblement coquette et il vous montre très malheureux. Ce qu'il vous fait dire, à ce sujet, à votre ami le physicien Rohaut est bien significatif et c'est déjà, par vous-même, un tableau assez sombre de votre ménage. Dans La Fameuse Comédienne, c'est à Chapelle que vous faites vos confidences et voilà encore, par vous-même, une peinture fort noire de votre intérieur. Singulière rencontre que, dans ces deux petits livres, les auteurs vous fassent parler vous-même de vos infortunes et mettent, dans votre propre boucîie, des plaintes conjugales contre A rmande.
D'ailleurs, l'auteur de La Fameuse Comédienne n'y va pas par quatre chemins ; il met les choses au pire et le portrait qu'il fait d' Armande est celui d'une femme qui « vit sa vie ». Peut-être n'entendez- vous pas très bien cette expression qui n'est pas en effet de votre temps; je la traduirai donc en votre langage : Armande, suivant en cela votre principe, se conformait à la nature... à la sienne de préférence. Or, sa nature était de vouloir plaire, de chercher des sensations, et son destin fut de les trouver. Sans doute il ne faut pas croire tout ce que dit l'auteur de La Fameuse Comédienne, l'auteur ou les auteurs; sans
doute c'est un libelle, un pamphlet, mais qui, à certains endroits, rend bien le son de la vérité. Les confidences fae vous faites à Chapelle, on Avteuil ou ailleurs, peu importe, c« sont de très bettes pages et qui « sentent vrai ». Tel poète, votre ami, à qui on les a attribuées, aurait bien pu les signer; c'est dans un fort bon style, la subtile et poignante analyse d'un cœur douloureux : c'est de la plus pénétrante psychologie.
Enfin, Monsieur, si nous croyons à vos malheurs, c'est aussi votre faute. Le grand principe de votre art est l'imitation de la nature; il faut toujours que vous vous appuyiez sur du réel, sur du vécu; vous travaillez d'après nature. Votre fidèle La Grange nous le dit qui vous connaissait bien et que l'on ne peut accuser de parler pour ne rien dire : ayant vécu auprès de vous quatorze années, pour vos œuvres, en 1682, il n'écrit qu'une préface de quelques pages, mais on y lit :
« ... Il observait les manières et les mœurs de tout le « monde; il trouvoit moyen ensuite d'en faire des appli- « cations admirables dans ses comédies, où l'on peut dire « qu'il a joué tout le monde, puisqu'il s'y est joué le « premier en plusieurs endroits sur des affaires de sa « famille et qui regardoient ce qui se passoit dans son « domestique. C'est ce que ses plus particuliers amis « ont remarqué bien des fois. » Hé! oui, dans votre domestique, le personnage que vous connaissez le mieux, que vous êtes tenté de transporter le plus volontiers sur la scène, n'est-ce pas vous-nûme? Vous avez beau être un classique, je vous le dis, car dans le temps que vous composez vos chefs-d'œuvre vous ne vous en doutez pas, vous ne tendez pas vers l'im personnalité de l'œuvre,et bien que classicisme et individualisme s'excluent, vous éprouvez le
besoin de vous communiquer; vous êtes vraisemblablement, parmi nos classiques, celui qui a mis le plus de soi-même dans ses écrits; vous êtes le contemplateur, le peintre, et comme nos peintres modernes font du plein-air, vous faites parfois du plein cœur, quand votre cœur est plein, pardonnez-moi cette préciosité. C'est ainsi que nous sommes renseignés sur vous,à traversh'École des maris, pour votre cœur confiant, à travers L'École des femmes, George Dandin et Le Misanthrope pour votre cœur meurtri, comme nous le sommes à travers vos petites pièces sur les médecins jusqu'au pathétique Malade imaginaire pour votre corps misérable.
Vous jugerez peut-être que tout cela ne m'autorise aucunement à vous présenter au public sous la figure d'un mari trompé. Rassurez-vous, Monsieur, nous sommes loin des vieux conteurs gaulois, et de leurs plaisanteries sur le cocuage que vous avez d'ailleurs répétées avec complaisance ou renouvelées avec verve. L'accident conjugal ne nous divertit plus : il nous apparaît comme une nécessité sociale, oui, comme une conséquence fâcheuse mais logique du mariage tel qu'il est pratiqué le plus souvent dans notre société. Certes cette aventure n'est pas inéluctable comme la vieillesse et la mort; mais elle est possible, probable comme la maladie: elle n'est donc pas risible. Et nous n'en rions pas. Un homme qui tombe, un amant qu'on trompe, notre réflexe n'est plus de rire; nous nous demandons si l'homme ne s'est pas fait du mal, si l'amant ne souffre pas. Nos mœurs, sur ce point, sont plus gentilles que les vôtres; elles sont plus vilaines sur tant d'autres points que nous pouvons constater sans orgueil cette petite amélioration. Au surplus, vous n'êtes pas lin mari ordinaire : vous êtes l'auteur du Misanthrope
et vous avez fait magistralement le départ entre Sganarelle et Alceste. Pour moi, il s'agissait moins de publier qu'Armande vous avait trompé, que de recliercher comment l'auteur et l'amant avaient réagi l'un sur l'autre, que de constater une commune mesure entre l'homme de génie et les simples mortels.
Et, de même que nous avons plus de pitié, nous avons aussi plus d'indulgence. Vous l'avouerai- je ? A rmande ne nous parait pas tellement coupable. Elle est jeune, joliet mieux que jolie, s pédale, -elle joue la comédie à ravir, elle a de l'esprit comme un démon, elle danse et elle chante comme un ange. Dès qu'elle se montre, dès que vous la montrez sur les planches, « le courtisan désoccupé lui en conte » Elle paraît dans La Princesse d'Élide, à la Cour, à Versailles, au milieu d'une jeunesse brillante. C'est le commencement du règne, l'aurore aux doigts de roses et de feu. Louis XIV est jeune lui aussi, galant et magnifique; il aime La Vallière, et vous, sans vous demander ce qu'en pense la pauvre Marie-Thérèse, vous trouvez cela très bien; vous ne l'envoyez pas dire au grand roi, ou plutôt, dans La Princesse d'Élide, vous envoyez Arbate le lui dire :
Moi, vous blâmer, seigneur, de tendres mouvements Où je vois qu'aujourd'hui penchent vos sentiments ?
Je dirai que l'Amour sied bien à vos pareils.
Que ce tribut qu'on rend aux traits d'un beau visage,
De la beauté d'une âme est un clair témoignage,
Et qu'il est malaisé que, sans être amoureux,
Un jeune prince soit et grand et généreux.
Ainsi parle Arbate. Et allez donc! Oui l'amour est le maître souverain, le dieu vainqueur, la tendre force à laquelle rien ne résiste. Versailles, Fontainebleau, tous
ces beaux lieux se chargent de sentiments et de voluptés. Dans ces jardins enchantés, mille intrigues se nouent et se dénouent, aussi facilement que des aiguillettes; cadeaux en musique, bains en rivière, autant de prétextes à s'en laisser conter. Armande est très fleurette ou très flirt. Ah! ne lui jetons pas la pierre, si ce n'est un diamant, à celte brillante comédienne et, comme l'a dit quelqu'un et je crois bien que c'est moi, si elle tombe, c'est sur le plus beau lit de circonstances atténuantes. Et si, quelques années plus tard, elle est la maîtresse du jeune comédien Baron, votre élève, votre protégé, ce n'est pas par vice, je le jure. C'est vous qui les poussez dans les bras l'un de l'autre, puisque vous lui donnez, à elle, le rôle de Psyché, à lui le rôle de l'Amour. En poursuivant l'intrigue dans les coulisses, avec moins de grâce mais plus de hardiesse et d'intimité que sur la scène, tous deux ne font qu'obéir à des lois théâtrales, peu sévères mais justes.
Maintenant, Monsieur, si vous prenez la peine de lire cette comédie, vous serez probablement surpris qu'ayant eu la témérité de vous faire parler et en vers, je n'aie pas du moins employé toujours ce beau vers régulier que l'on parlait à votre époque, cet alexandrin coupé en deux parties égales et qui vous a un air si noble, et dont votre ami Boileau a donné une fois pour toutes les règles immortelles et, nonobstant, depuis plus d'un siècle violées :
Ayez pour la cadence une oreille sévère;
Que toujours dans vos vers le sens coupant les mois
Suspende V hémistiche, en marque le repos.
Évidemment; mais deux mille vers où le sens couperait les mots/ quatre mille hémistiches suspendus/ cela m'a
paru non pas impossible, certes, ni même difficile, mais comment dirais- je? indésirable. Je suis persuadé que plus d'une fois, vous-même, tel que je vous connais, avez dû pester contre cette armature qui se ployait mal aux exigences de la nature ou si vous aimez mieux du naturel. Et même, sil'on vous poussait bien, vous confesseriez que, sans cette implacable césure, vous n'eussiez pas employé telle inversion un peu forcée, telle ellipse un peu brusque. Je me hâte d'ajouter que c'est V intêgrationde cesiournures et de ces raccourcis, de ces moliérismes, en dehors de vos beautés classiques, qui donne à votre œuvre ce goût spécial, cette saveur si particulière. Mais, au comédien qui récite vos vers ou ceux du tendre Racine, ne demandons-nous pas d'atténuer cette inévitable césure, de la déplacer, ele l'escamoter, comme nous lui demandons de ne pas nous faire trop sentir lu rime, de ne pas appuyer, de glisser au contraire? Et vous, Monsieur, qui fûtes votre propre et admirable interprète et qui vous moquiez si plaisamment, dit-on, du débit emphatique de vos rivaux, les grands comédiens de l'Hôtel de Bourgogne, je suis bien sûr qu'après avoir fait des vers selon les règles et qui vous attiraient les félicitations de Boileau :
Rare et fameux esprit dont la fertile peine Ignore, en écrivant, le travail et la peine,
vous aviez grand soin de les réciter ou plutôt de les parler, en vous conformant au sens et au bon sens. Alors, puisque nous demandons à l'acteur de ne pas nous faire sentir ni la césure, ni la rime, ne devons-nous pas lui faciliter la besogne, surtout dans lu comédie? Encore la tragédie s'c> commode d'un certain balancement, d'une ; elle supporte les mots pompeux, les
êpithètes sonores, les nobles inversions, les majestueuses périphrases; mais la comédie veut le mot simple, l'épithète sobre, l'expression directe, la phrase toute droite. J'estime que le vers de comédie doit être d'une très grande souplesse, et que tout est bien si l'alexandrin retombe sur ses douze pieds, comme un souple chat sur ses quatre pattes. C'est même un jeu plaisant que de donner à certains vers, à certains passages qui n'exigent pas de lyrisme, une allure pédestre, un petit air de prose, quitte à embarrasser M. Jourdain. C'est pourquoi mes vers sont pourris d'enjambements, selon la forte expression d'un puriste qui me donne ainsi une leçon et de prosodie et de style; c'est pourquoi j'ai mis, dans votre bouche, maint vers dont la césure est au cinquième pied et sur une syllabe muette, encore ! J'en prends toute la responsabilité. « Et puis surtout préfère l'impair », ?ious dit un autre art poétique, non pas que l'impair soitu plussoluble dans l'air », mais parce qu'il est parfois plus musical. De la musique avant toute chose! Or, de la musique, ce sont des accents, des longues, des brèves, mille détails où l'oreille peut s'amuser.
Enfin, vous vous apercevrez aisément que cette comédie n'est ni pragmatique, ni évolutionniste. Le Ménage de Molière! « Il était donc marié? » a demandé une dame de la ploutocratie. Et, devant l'affiche du Théâtre- Français, votre Maison, on a entendu une autre dame de la bonne bourgeoisie demander : « Molière, qu'est-ce que c'est que ça? » Le bonhomme Chrysale Veut-il approuvée? lui qui pensait pourtant
...Qu'une femme en sait toujours assez
Quand ta capacité de son esprit se hausse
A connaître un pourpoint d'avec un haul-de-chausse.
Surtout, Monsieur, n'allez pas flairer dans ces explications que je vous donne, quelque détour pour répondre à la critique. Non, c'est bien à vous que je m'adresse : encore un coup, je ne dois compte qu'à vous d'un ouvrage dont vous êtes le principal objet. Aussi bien, je n'ai eu qu'à me louer d'une critique qui fut généralement attentive et sincère. S'il y eut deux ou trois exceptions, il faut en cliercher les causes en dehors de l'art et de la littérature. C'est que, de nos jours, les auteurs qui pensent d'une certaine façon et qui, comme vous, écrivent ce qu'ils pensent, ces auteurs-là rencontrent certains adversaires au sein d'une Confrérie, laquelle n'a rien à envier à la Congrégation qui vous poursuivit à cause de Tartufe et ne vous lâcha point. AhJ si ces gens-là avaient existé de votre temps, comme vous auriez éclairé leur religion, quel pendant magnifique vous auriez donné à ce même Tartufe! Mais ce n'est pas ici le lieu d'ouvrir les débats et, pour en revenir au Ménage de Molière, j'ose espérer, Monsieur, que vous découvrirez dans cette comédie la plus sincère tendresse pour vous et la plus profonde admiration pour votre génie, jusque-là que, si la distance n'était pas aussi grande de vous à moi, je me permettrais de vous la dédier.
Maurice Donnay.