ACTE PREMIER
surtout si peu engageant que, malgré ma migraine, je ne pouvais me décider à me coucher.
NELLY
Je comprends ça.
ADRIENNE
Enfin, quelqu'un nous dit qu'il y avait, dans le village, une maison bourgeoise habitée par une dame très bien. Mon mari alla trouver cette dame, lui exposa notre triste situation. Elle voulut bien nous donner l'hospitalité pour une nuit et j'apprends, ce soir, que cette dame était la maman de votre secrétaire et que j'ai couché dons le lit de M. Robert Bayanne.
MADAME PALCONNET.
C'est amusant.
MADAME TAS3ELIN.
Il a des droits sur vous.
Oh ! le pauvre petit, il est si respectueux... si timide... et mrme un peu naïf.
NELLY
Ah! ce n'est pas le jeune homme moderne.
MADAME LATRILLE.
Ce pauvre jeune homme moderne, on l'accable vraiment un peu trop. J'ai un fils qui n'est pas un bandit, je vous assure. Monsieur Le Hazay, croyezvous réellement que la jeune génération soit tellement différente de la vôtre, quand vous aviez vingt ans?
LE HAZAY.
Mon Dieu, madame Latrille, ma génération est plus près du passé. Celle à laquelle appartient monsieur votre fils est plus près de l'avenir. Il est certain que, d'une façon générale, les jeunes gens paraissent plus
pressés d'arriver, plus impatients que nous ne l'étions. C'est une génération de chauffeurs. Ils veulent aller vite. Leur caractère c'est d'être précoces. Je vois cela dans la politique, dans les affaires... et ce qui me surprend, à chaque instant, c'est que des garçons de vingt-cinq ans se lancent dans des entreprises considérables... ils vont de l'avant, on leur confie des capitaux, ils sont étonnants.
MADAME LATRILLE.
Ils ont de l'initiative, ils sont plus débrouillards que vous ne l'étiez.
LE HAZAY.
Assurément... Ils ont plus d'aplomb, ils sont plus américains... ils ont aussi moins de préjugés, de scrupules et, surtout, ils ont moins de ces principes qui nous handicapaient, nous autres, mais que je ne regrette pas.
MADAME LATRILLE.
Alors, vous croyez que je n'ai pas donné de principes à mon fils?
LE HAZAY.
Oh! vous avez bien pu lui en donner, mais sans lui proposer un idéal; voyez-vous, madame Latrille, la morale, pour être une force constante, a besoin de s'appuyer sur un idéal... autrement, ce n'est plus qu'une force héritée, une force d'inertie et toute force d'inertie s'éteint... c'est une loi.
MADAME LATRILLE.
Enfin, votre génération était meilleure, c'est entendu.
NELLY
Vous connaissez le petit Loizeler, c'est un ami de votre fils, je crois?