‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 10 sur 203 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Maintenant, il faut aller fumer!

ROBERT

Je vous ennuie?

ADRIENNE

Non... Seulement, nous sommes restés assez longtemps à l'écart et cela pourrait paraître drôle, pour la première fois.

ROBERT

Si vous saviez combien ça m'ennuie de vous quitter d'abord, et ensuite, de traverser ce salon tout seul.

ADRIENNE

Il le faut.

Robert la quille et se dirige vers le fumoir.

NELLY, à Madame Destrié.

Eh bien, Adrienne, vous venez d'affoler ce jeune homme.

ADRIENNE

Oh ! je n'ai pas cherché à l'affoler; nous avons causé, voilà tout.

MADAME TASSELIN.

Il est gentil; qui est-ce?

KELLY

C'est un petit cousin à moi... un parent de province, du Dauphiné. Il est venu l'année dernière à Paris et mon mari l'avait fait entrer au Crédit Toulousain; mais il s'y ennuyait à mourir; il veut faire de la littérature... Il m'avait montré des vers, pas mal, ma foi! n'est-ce pas, Le Ilazay?

Oui, pas mal.

NELLY

Alors, j'ai dit à mon mari : Prends-le donc auprès de

toi comme secrétaire particulier. C'est un garçon bien élevé, nous le connaissons, il te rendra bien quelques petits services... tu lui donneras ce qu'il avait au Crédit Toulousain, ça ne te ruinera pas.

NADIA

Je me demande quels services ce jeune poète peut rendre à M. Sandral qui est ingénieur?

NELLY

C'est justement ce qui a amusé mon mari, d'avoir un poète comme secrétaire. Il trouve que ce n'est pas banal. Il range ses papiers, il écrit quelques lettres... Il vient ici deux ou trois heures le matin et, le reste du temps, il est libre, de sorte qu'il peut faire des vers à son aise, élucubrer ses petites drôleries.

MADAME LATRILLE.

C'est une très bonne combinaison.

ADRIENNE

Il m'a raconté tout ça... Nous sommes très bons amis tous les deux... J'ai même découvert que j'avais couché dans son lit.

MESDAMES TASSE LIN et FALCONNET, entre haut et bas.

Déjà!

Comment ça?

ADRIENNE

Figurez-vous que lorsque je faisais mon voyage de noces, il y a cinq ans, en Dauphiné, nous descendions un jour des chalets de la Pra où nous étions allés en excursion, lorsque j'ai été prise d'une migraine... à tomber. Je serais tombée de mon mulet, je n'y voyais plus clair. Alors, nous nous sommes arrêtés dans un petit village appelé Revel où il n'y avait qu'une auberge, mais si primitive, une chambre, un lit

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