ACTE PREMIER
MOLIÈRE
Voua en avez laissé le soin à la grand'mère : Toujours on s'accommode avec Marie Hervé; Le tour de passe-passe est assez bien trouvé.
MADELEINE
Vous savez maintenant quels droits j'ai sur Armande-, Et vous savez aussi ce que l'honneur commande.
Un silence.
MOLIERE se promène à grands pas, puis brusquement :
Rien ne prouve que vous dites la vérité; Mais il faut que tout c de à votre autorité, Alors, vous employez ce grossier stratagème.
MADELEINE, Indignée.
Quoi! vous pensez?...
MOLIÈRE
Non, c'est bien votre sœur que j'aime»
Et dedans votre esprit tout plein de passion, Vous venez d'inventer la substitution De mère...
MADELEINE
Oh!
MOLIÈRE
Vous venez de l'inventer sur l'heure.
MADELEINE
Si cette enfant n'est pas ma fille, que je meure! Et ma mère, elle aussi, vous en fera l'aveu.
MOLIÈRE
Oh! votre mère, on lui fait dire ce qu'on veut! Vous avez une mère à tout dire, à tout faire (18).
MADELEINE
Raison de plus, alors, pour que dans cette affaire...
MOLIÈRE
Non, je ne vous crois pas... et, pour me faire part De votre manigance, il est déjà trop tard. C'est comme votre sœur que j'ai toujours connue, Par votre faute, Armande, eh bien, je continue. Armande est votre sœur, des actes en font foi, Et je veux m'en tenir à ces actes- là, moi!
MADELEINE
A vos emportements je devais bien m'attendre; Le vrai sourd est celui qui ne veut pas entendre. Pourtant, au nom des jours de misère, des jours Heureux, en souvenir de nos jeunes amours, Et sur tout ce qui fut entre nous, je le jure, Ce que je vous ai dit est la vérité pure. Plutôt que de tenir des propos insensés, Vous êtes un honnête homme... réfléchissez. Mais, naturellement, il faut qu' Armande ignore...
MOLIÈRE, anxieux.
Vous ne lui direz pas?
MADELEINE
Non, du moins pas encore...
Il faudrait que... mais non, ce serait trop affreux; Et puis, vous ne pourriez plus jamais être heureux.
Elle est venue auprès de la table et, machinalement, feuillette les papiers.
L'École des maris! Léonor, Isabelle, Lisette, Ariste, c'est votre pièce nouvelle?
Elle parcourt le manuscrit.