‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 119 sur 203 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

MADELEINE

Ah! ne prenez donc pas de ces airs fanfarons; Si vous saviez ce qui s'oppose au mariage...

MOLIÈRE-

Un véritable amour a toujours l'avantage!

MADELEINE, gravement.

Vous ne parlerez pas d'un ton si triomphant,

Quand vous saurez les droits que j'ai sur cette enfant...

Votre assurance, alors, ne sera plus la même.

MOLIÈRE, interdit.

Quels droits?... parlez!

MADELEINE

Eh bien... son acte de baptême(u) Contient... comment dirais-je?... Il contient une erreur.

MOLIÈRE

Mais quelle erreur?

MADELEINE

Armande y passe pour ma sœur... Alors qu'elle est ma fille.

MOLIÈRE

Armande, votre fîllePj Vous dites vrai? Dieu! ces Béjart, quelle famille!

Il tombe accablé sur un fauteuil.

MADELEINE

Là, là, remettez- vous... vous voilà tout défait.

MOLIÈRE

L'erreur est d'importance et m'accable en effet. C'est encore une enfant à Monsieur de Modène? (*•) Répondez.

MADELEINE

A quoi bon? Voyons, est-ce la peine De remuer cela?... c'était bien avant vous... Nous sommes des amis... vous n'êtes pas jaloux.

MOLIÈRE

Enfin! vous pouvez bien me renseigner, j'espère, Et si vous le savez, du moins, quel est son père?

MADELEINE

C'est mon secret.

MOLIÈRE

Quand on est si mystérieux, C'est que le père était chétif.

MADELEINE, dressant la tète.

Ou glorieux! (,;)

Alors, mes compliments... un grand seigneur, sans doute Quelque prince du sang, rencontré sur la route !

MADELEINE

C'est mon secret. Et puis, qu'importe, il a passé!

MOLIÈRE, entre liant et bas.

Il était à cheval, sans doute... un peu pressé.

MADELEINE

Nous sommes des amis; pourquoi tant d'amertume?

MOLIÈRE

C'est vrai... je ne sais pas... peut-être la coutume.

Un silence; puis revenant auprès de Madeleine, et d'un ton plus calme :

Armande est* votre fille, alors?

MADELEINE

Mais oui, causons; Et comme à ce moment-là j'avais des raisons... Des raisons pour ne pas m'en déclarer la mère...

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