ACTE PREMIER
MADELEINE
Ah! ne prenez donc pas de ces airs fanfarons; Si vous saviez ce qui s'oppose au mariage...
MOLIÈRE-
Un véritable amour a toujours l'avantage!
MADELEINE, gravement.
Vous ne parlerez pas d'un ton si triomphant,
Quand vous saurez les droits que j'ai sur cette enfant...
Votre assurance, alors, ne sera plus la même.
MOLIÈRE, interdit.
Quels droits?... parlez!
MADELEINE
Eh bien... son acte de baptême(u) Contient... comment dirais-je?... Il contient une erreur.
MOLIÈRE
Mais quelle erreur?
MADELEINE
Armande y passe pour ma sœur... Alors qu'elle est ma fille.
MOLIÈRE
Armande, votre fîllePj Vous dites vrai? Dieu! ces Béjart, quelle famille!
Il tombe accablé sur un fauteuil.
MADELEINE
Là, là, remettez- vous... vous voilà tout défait.
MOLIÈRE
L'erreur est d'importance et m'accable en effet. C'est encore une enfant à Monsieur de Modène? (*•) Répondez.
MADELEINE
A quoi bon? Voyons, est-ce la peine De remuer cela?... c'était bien avant vous... Nous sommes des amis... vous n'êtes pas jaloux.
MOLIÈRE
Enfin! vous pouvez bien me renseigner, j'espère, Et si vous le savez, du moins, quel est son père?
MADELEINE
C'est mon secret.
MOLIÈRE
Quand on est si mystérieux, C'est que le père était chétif.
MADELEINE, dressant la tète.
Ou glorieux! (,;)
Alors, mes compliments... un grand seigneur, sans doute Quelque prince du sang, rencontré sur la route !
MADELEINE
C'est mon secret. Et puis, qu'importe, il a passé!
MOLIÈRE, entre liant et bas.
Il était à cheval, sans doute... un peu pressé.
MADELEINE
Nous sommes des amis; pourquoi tant d'amertume?
MOLIÈRE
C'est vrai... je ne sais pas... peut-être la coutume.
Un silence; puis revenant auprès de Madeleine, et d'un ton plus calme :
Armande est* votre fille, alors?
MADELEINE
Mais oui, causons; Et comme à ce moment-là j'avais des raisons... Des raisons pour ne pas m'en déclarer la mère...