ACTE DEUXIÈME
LE MARQUIS
Avec une tunique d'or?
LE CHEVALIER
Oui.
LE MARQUIS
C'est sa femme.
LE CHEVALIER
A qui?
LE MARQUIS
Mais à Molière.
Encor!
Ce Monsieur de Molière est un terrible drille.
LE MARQUIS
On le dit. Enfin, pour compléter la quadrille, C'est la douce De Brie, aux regards langoureux; \otre Molière en fut aussi fort amoureux.
LE CHEVALIER
Quel sérail! Elles sont divines toutes quatre,
Mais c'est pour la Béjart que Ton voudrait se battre.
LE MARQUIS
Sans combattre, tu peux faire accepter tes soins.
Le chevalier éternue.
Dieu t'assiste!
LE CHEVALIER
Morbleu! c'est le rhume des foins!
Mais tu n'as pas sur elle au moins jeté ta vue, Et je ne voudrais pas commettre une bévue.
L2 MARQUIS
. non, pousse ta pointe et, pour tes jeunes ans, Cette déesse aura des regards complaisants. La Béjart, que je crois, n'est pas une farouche, Par des discours hardis, il se peut qu'on la touche.
LE CHEVALIER
Et puis, il faut agir promptement en amour, Et l'on doit terminer tout dans le même jour.
Pour une autre beauté, moi-même je soupire. Molière, tu le sais, a fait mainte satire Contre nous, et je veux, pour venger les marquis, Dès ce soir, traiter sa femme en pays conquis. Qu'en dis- tu, chevalier? la femme de Molière!
Ils reviennent près du groupe des femmes. ARM AN DE.
Dites- nous votre avis, Messieurs, sur La Vallière...
LE CHEVALIER
Elle boite; elle n'a point de gorge; ses bras Sont plats et notre Roi ne doit pas faire gras.
LE MARQUIS, plus galant.
Elle a des yeux fort bruns; elle estblanche; elle est
[blonde...
LA DU PARC
Quant à sa bouche, elle est la plus grande du monde.
LA DE BRIE
Mais le Roi l'aime.
LA BÉJART
On dit qu'elle est pleine de feu, De savoir et d'esprit.
LA DU PARC
Oui, cela lui tient lieu De hanches.
Moi je lui trouve beaucoup de charme.
Elle soupire.
LA BEJART.
Comme voua soupirez !