ACTE DEUXIÈME
ARMANDE
Alors, c'est flatterie.
LE MARQUIS
Et vous êtes, ce soir, un brillant Siècle d'or! Nous pourrons, ces jours-ci, vous admirer encor : Vous jouez demain soir dans la nouvelle pi-ce, La Princesse d'Êlide:> (iG).
ARMANDE
Oui, je fais la princesse.
LE MARQUIS
Naturellement... C'est un rôle important?
ARMANDE
Très...
C'est le premier!
LE MARQUIS
Vous y déploierez mille attraits, Vous deviendrez bientôt celle qu'on se dispute, Dont il faudra gagner le cœur de haute lutte, Et je veux, dès ce soir, me mettre sur les rangs, Pour être le premier parmi vos soupirants.
ARMANDE
Si je comprends bien, vous vous inscrivez d'avance.
LE MARQUIS
C'est de l'empressement.
ARMANDE
Ou bien de l'assurance.
LE MARQUIS
Comment?
ARMANDE, qui s'est levée.
A vous ouïr, on dirait que mon cœur Est de prise facile et n'attend qu'un vainqueur.
LE MARQUIS, la suivant.
Je n'ai pas dit cela... jamais cette pensée...
Mais quoi, sans le vouloir, vous aurais-je offensée?
Hélas! devant l'objet dont notre cœur s'éprit,
Madame, nous avons rarement de l'esprit.
Je suis au désespoir de vous voir en colère,
Moi qui voudrais mourir, plutôt que vous déplaire.
ARMANDE
Ne mourez pas... je n'ai point de colère... non. Mais je suis mariée et je porte un grand nom...
Le marquis va sourire; Armande le prévient.
Le talent l'a fait grand...
LE MARQUIS
Cela vaut la naissance.
ARMAND E
Et cela vaut aussi de la reconnaissance.
LE MARQUIS
Je sais que votre époux, justement renommé Pour son fertile esprit, fut un amant aimé. L/ôter de votre cœur et me mettre en sa place, Oh! je n'y songe point... je n'ai pas cette audace; Et pourtant... et pourtant!...
Il est aux genoux d'Armande.
Monsieur, que faites- vous?
LE MARQUIS
Je vous aime, Madame, et suis à vos genoux; C'est mon étoile, et non pas mon choix qui m'oblige A vous aimer; malgré moi, c'est comme un vertige Qui m'entraîne vers vous. Vous avez tout mon sort En vos mains, mon repos et ma vie et ma mort.