SCÈNE III AKMAiNDE, LE MARQUIS
LE MARQUIS
De grâce, demeurez Un instant.
ARMAND E
Je ne puis... mon mari...
LE MARQUIS
Près de lui tout à 1" heure.
Vous serez
ARMAND E
Hélas! il me demande Aux échos et partout me cherche, et j'appréhende.
LE MARQUIS
Vous devez m'écouter.
Tout au contraire!
ARMANDE
Oh! non, je ne dois pas,
LE MARQUIS
Alors, vous voulez mon trépas!
ARMAND E
Je voudrais... m'en aller.
Elle s'assied sur le banc.
Que je suis fatiguée!
LE MARQUIS, venant s'asseoir auprès d'elle.
Depuis un fort long temps, je vous ai distinguée, Madame, et ce n'est pas d'aujourd'hui que vos yeux Pleins de gloire et d'esprit ont allumé des feux Dans mon cœur. Je suis grand amateur de théâtre,
Oui, c'est un passe-temps dont je suis idolâtre. Que de fois au Palais-Royal je suis venu, Et-peut-ètre déjà m' avez- vous reconnu?
ARMANDE
Non.
LE MARQUIS, légèrement piqué.
Non?
ARMANDE
Je vous l'avoue... et puis, cette coiffure» Tant de plumes, c'est pour vous changer la figure.
LE MARQUIS
C'est tout juste... Veuillez m' excuser en ce cas.
D'ailleurs, je ne suis pas pour faire du fracas
Au théâtre... Je reste en ma place et j'écoute,
Prêtant à ce qu'on dit mon attention toute.
Enfin, je ne suis pas, Dieu merci, de ces gens,
Faux connaisseurs, bruyants, arrogants, exigeants,
Bavardant, jacassant comme oiseaux en volière,
Bref de ces étourdis que nous dépeint Molière;
C'est pourquoi je ne suis aucunement choqué,
Si vous ne m'avez pas, Madame, remarqué.
Pour en venir au fait, je suis un fanatique
De vos jeunes talents. D'abord, dans la Critique (24)
Je vous ai fort goûtée... et puis dans X Impromptu... (25)
ARMANDE
Le rôle est tout petit...
LE MARQUIS
Vous eûtes la vertu De le rendre tout grand.
ARMANDE
J'entends la raillerie.
LE MARQUIS
Non, je ne raille point.