ACTE DEUXIÈME
Grand seigneur, grand seigneur, quand ce serait le Roi, Serais-je pour cela moins cocu, dites-moi?
MADELEINE
Mais vous ne l'êtes pas, vous poussez tout au pire; Sur votre humeur chagrine ayez donc plus d'empire. Surprîtes- vous Armande en un délit tlagrant? Pour un peu coqueter, le crime n'est pas grand. Un pareil soir et dans une aussi belle fête, Quelle femme, mon Dieu! n'a pas penché la tête Vers quelque compliment? Nous sommes à la Cour, lui un lieu spécial où les propos d'amour, Vous le savez, n'ont pas leur valeur véritable. C'est comme les louis d'or sur la grande table Du jeu... vous comprenez?
MOLIÈRE
Oui, ce soir, je sais bien, Sentimentalement, les femmes sont pour rien.
Mais l'essentiel, c'est qu Armande soit fidèle. Allonsl mon bon ami, retournez auprès d'elle Qui vous attend sans doute et soupire après vous; Au fond, elle vous aime et vous êtes deux fous. Elle va vous bouder... il le faut, pour la forme; Puis vous ferez la paix... puis, tâchez qu'elle dorme;
est votre interprète... ayez-en un grand soin : C'est un astre brillant dont nous avons besoin, Et, pour jouer demain La Princesse d'Êlide, Il nous faut avant tout une Armande valide. Voyez- vous... Ahl je n'ose y songer sans effroi, Qu'on ne puisse jouer demain, devant le Roi! Pour qu'elle se remette, après cette secousse, Vous lui devez parler d'une façon très douce.
MOLIÈRE
Oui, de même qu'un pauvre animal aux abois, Je vais encor pleurer, comme les autres fois, Et demander pardon de mon cruel martyre...
MADELEINE
Allez, car elle doit vous trouver bien adiré. Puisqu'elle est la plus faible, il faut être très bon, N'y pas mettre surtout de Famour-propre.
MOLIÈRE, avec un pauvre sourire.
Oh ! non.
Il va frapper humblement à la porte d'Armande. Madeleine rentre dan3 sa chambre.