‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 145 sur 203 · SCÈNE V MOLIÈRE, MADELEINE · texte numérisé non relu

SCÈNE V MOLIÈRE, MADELEINE

MADELEINE

Encore une dispute!

MOLIÈRE

Ah! dites une lutte, un duel éperdu!

Figurez- vous qu' Armande...

MADELEINE

Oui, j'ai tout entendu.

MOLIÈRE

Tout? Eh bien, cette fois, prendrez -vous sa défense, Alors que votre fille à cet excès m'offense?

MADELEINE

Parlez bas... je suis loin de lui donner raison.

Ah! comme elle sait bien distiller le poison, Comme elle sait trouver, la douce créature, L'insulte qui meurtrit et le mot qui torture. Quelles ressources dans son esprit infernal!

MADELEINE

Calmez- vous, mon ami, vous vous faites du mal.

MOLIÈRE

Mais faut-il qu'elle soit assez mon ennemie, Pour se faire l'écho de cette calomnie Abominable, et vous le savez... c'est affreux!

MADELEINE

Oui, c'est affreux; mais c'est aussi très malheureux Qu'on ait pu le dire, oui, qu'Armande, par son âge, A certains yeux ait pu jouer le personnage De votre fille...

MOLIÈRE

Quoi! Vous pouvez discuter Cela, vous, Madeleine, et sans vous révolter, Connaissant les dessous de la cabale infâme...

MADELEINE

Vous ne m'entendez pas... mais, une jeune femme, Vous savez ce que c'est : elle a beaucoup d'orgueil. Alors, alors, du jour — c'était bien là l'écueil — « Que cette invention fut contre vous dressée, Armande s'est sentie en son orgueil blessée. Elle ne le croit pas et ne l'a jamais cru; Mais elle vous en veut que ce bruit ait couru. Vous avez beau l'aimer par- dessus tout au monde, Elle ressent toujours cette in ure profonde.

Un amour réciproque eût emporté cela, Mais son amour était trop fragile.

MADELEINE

Ah ! voilà.

Un silence.

Vous ne vous y prenez pas très bien, j'imagine : D'un homme accommodant vous n'avez pas la mine, Et quand vous prétendez l' empêcher de jouer, C'est maladroit à vous... Il faut bien avouer Que ce n'est pas avec cette grosse menace Que vous ramènerez entre vous la bonace.

MOLIÈRE

Quand je vois un marquis, comme tantôt, rôder Autour d'elle, faut-il donc m'en accommoder?

MADELEINE

Quelque philosophie est parfois nécessaire, Et votre femme peut elle, soyez sincère, Dans son métier et dans sa situation, Pour le moindre semblant de déclaration, Vers les saules s'enfuir et faire de la prude?

MOLIÈRE

Être i' époux d'Armande est un métier fort rude.

MADELEINE

Ne croyez pas cela : votre métier d'époux

Vous deviendrait très doux, si vous étiez plus doux.

Je comprendrais que vous fissiez une algarade,

Si l'un de vos amis, quelque sien camarade,

Était assez hardi de lui parler d'amour.

D'ailleurs, soyez tranquille, elle serait là pour^

Le remettre à sa place et tenir à distance;

Mais ce n'est pas facile en toute^circonstance,

Et lorsqu'un marquis, tout de même, un grand seigneur.

MOLIÈRE

Évidemment, il nous fait beaucoup trop d'honneur!

La noblesse toujours vous donna le vertige,

Mais les marquis, pour moi, n'ont pas tant de prestige.

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