ACTE TROISIEME
CATHERINE, à Muuvillain.
C'est pire qu'un enfant, il n'est pas raisonnable.
MOLIÈRE
A la longue, c'est un breuvage abominable!
CATHERINE
Allons! buvez.
MADELEINE
Buvez!
MAl'VILLAIN.
Buvez!
CATHERINE
C'est chaque fois Même comédie.
MOLIÈRE, impatienté.
Ah! qu'on se taise, je bois*
MADVILLAIN.
A la bonne heure! Et moi, pour vous aider à boire, Je m'en vais vous conter une plaisante histoire. On m'a dit qu'à Paris, un fameux médecin, Quand il n'a pu trouver quel organe est malsain Chez un malade, par les signes ordinaires, Et les matières tant fécales qu'urinaires, Emploie avec succès, il prétend, ce moyen : Pendant un certain temps, avec un jeune chien De quinze jours, il faut que le malade couche, Le nourrissant de lait qu'il échauffe en sa bouche, Puis qu'il lui crache dans la gueule
MADELEINE
Quelle horreur!
CATHERINE
C'est dégoûtant'.
MADELEINE
Nous nous engloutissez le cœur!
vi. 23
MAUVILLAIN.
Ensuite, on l'ouvre.
CATHERINE
Qui? Le malade?
MADELEINE
Futée!
MAUVILLAIN.
Mais non, le chien. Alors, la partie affectée Chez l'homme est altérée aussi chez l'animal, Qui, par tous ces contacts, a pris le même mal. (35)
Contre la Faculté, l'histoire est assez bonne.
MAUVILLAIN.
Si vous pouvez vous en servir, je vous la donne.
CATHERINE, en s'en allant avec sa tasse vide.
C'est comme le chien roux qui devint tout piteux Pour avoir trop léché son vieux maître goutteux.
Molière et Mauvillain rient. La servante, vexée, sur la porte :
Et, pour quiconque, ça ne faisait pas de doute Que le chien avait pris de cet homme la goutte.
Elle sort.
MAUVILLAIN.
Allons! au revoir. Pour l'alimentation, Du lait, du lait. Et, pour l'expectoration, Toujours l'infusion à cet effet idoine De capillaire avec des feuilles de bétoine. Là- dessus je m'en vais, car il faut que je sois A trois heures, chez un riche marchand de bois, Pour consulter avec un éminent confrère.
MOLIÈRE
Si vous vous mettez deux contre lui, son affaire Est claire.
MAUVILLAIN
Vous, prenez garde! Allons! je m'en vais.