‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 168 sur 203 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

CORNEILLE

A RM AN DE.

Certain bruit court sur vous.

ARMANDE

Laissez courir :

Les bruits c'est fait pour ça.

CORNEILLE

Mais un bruit d'importance.

ARMANDE

Croyez- vous?

CORNEILLE

Jugez- en.

ARMANDE

Mon Dieu! Quelle insistance!

CORNEILLE

Comme il jouait l'Amour près de vous dans Psyché, On prétend que Baron ("''), par son rôle alléché, Est devenu bientôt votre amant à la ville.

ARMANDE

Baron?

CORNEILLE

Oui.

ARMANDE

Mais c'est fou ! Monsieur, soyez tranquille, Et je le vois toujours, tel que je l'ai connu, Alors que tout enfant chez nous il est venu. Il n'avait pas treize ans!... Nous savez que Molière Le chérit comme un fils. Oui, je suis familière Avec lui... mais de là que j'aime ce garçon!

CORNEILLE

Pour moi, vous êtes à l'abri de tout soupçon; Mais le monde est méchant et partout on en cause.

ARMANDE

Écoutez, je ne vous répondrai qu'une chose : Vous savez combien mon mari prend aisément Ombrage, et si j'avais un aussi jeune amant!... Mais c'est de vous qu'il est jaloux.

CORNEILLE

Non?

ARMANDE

Je vous jure.

CORNEILLE, très alarmé.

Jaloux!... Comment?... Parlez!

ARMANDE

Hé bien, il se figure Que vous me muguetez, et sans trop me fâcher; Peut-être devions-nous un peu mieux nous cacher.

CORNEILLE

Hé! quoi? vous parla-t-il de moi?

ARMANDE

Non, mais certaines Allusions qu'il fait parfois... vagues, lointaines, A vrai dire... sans doute, il ne vous nomme point; Mais... tout de même, enfin... quelque souci le point.

CORNEILLE

Je trahis un ami... c'est vrai... c'est effroyable!

Sur ces derniers mots, Baron, sortant de scène, est entré.

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