‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 185 sur 203 · SCÈNE XI MOLIÈRE, CORNEILLE · texte numérisé non relu

SCÈNE XI MOLIÈRE, CORNEILLE

CORNEILLE

Bonjour, Monsieur.

MOLIÈRE, brusque.

Bonjour.

CORNEILLE

Comment vous portez-vous?

MOLIERE, toujours brusque.

Fort mal, Monsieur Corneille.

CORNEILLE

Est-ce que votre toux...?

MOLIÈRE

Non, la toux me laisse en repos... c'est autre chose.

CORNEILLE, résolument.

Je venais vous parler.

MOLIÈRE, dans l'impatience.

Oui, oui, je sais, à cause De Psyché; je comprends que vous soyez pressé; Mais je n'y suis pas moins que vous intéressé. D'ailleurs, nous répétons la semaine prochaine.

CORNEILLE.'

Non, ce n'est pas Psyché, Monsieur, qui me ramène En ces lieux...

MOLIÈRE

Qu'est-ce donc? Dites!

CORNEILLE

Et votre abord Brusque me prouve assez que vous savez mon tort Envers vous. Oui, je dois vous paraître un infâme : Ah! c'est un grand péril qu'une aussi jeune femme! Je suis sorti d'ici dans le plus grand émoi; Je voulais, sans vous voir, d'abord, rentrer chez moi, Et puis, j'ai réfléchi, lorsque j'étais en route, Que je devais venir vous parler, somme toute, Car depuis ce moment, je n'ai plus de repos.

MOLIÈRE

Monsieur, venez au fait et sans tant de propos.

CORNEILLE

Lorsque l'on est coupable, il sied que l'on s'amende. Bref... comment vous?... enfin, Monsieur, j'aimais

[Armande.

Je dis : j'aimais... depuis une heure, c'est fini; Cet amour de mon cœur est à jamais banni; Mais, enfin, je l'aimais! Oui, c'est étrange comme L'amour peut se glisser dans le cœur d'un vieil homme. Moi qui me figurais que ma caducité Près de la beauté même était en sûreté, Que je pouvais, sans crainte, affronter la jeunesse, Fier de mes cheveux blancs et fort de ma faiblesse (1), Que je ne pouvais plus faire du langoureux...

(1) Ces quatre vers sont, à une variante près, de Corneille. Martial! dit dans Pulchérie :

Que je pouvais, sans crainte, affronter la princesse, hier de mes cheveux blancs et fort de ma faiblesse.

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