SCÈNE IV MADELEINE, ARMANDE
ARM AN DE
Comme vous regardez tous ces pauvres chiffons!
MADELEINE
Ils réveillent en moi des souvenirs profonds, Et, dans une clarté nouvelle et singulière, Je revois... je revois les pièces de Molière! Pour vous, ce sont chiffons, guenilles, oripeaux; Mais, ces hardes, pour moi, sont autant de drapeaux !
Elle a pris le bonnet de Durine.
Ce petit bonnet- là rappelle une victoire; Chaque costume est un chapitre de l'histoire
Ui LE MENAGE DE MOLIERE
De sa vie. Ah! cet homme a-t-il pu travailler!
Toujours en que te d'un ridicule à railler
Ou d'un vice à fouailler. Trahison, calomnie,
Chagrins, tourments, n'ont fait qu'exciter son génie,
Son merveilleux génie en cent actes divers !
Oui, quand on songe à tous les maux qu'il a soufferts,
Quand on connaît surtout dans quelles circonstances
Il travaillait, dans quels soucis, dans quelles transes,
Dans quelle lassitude et de corps et de cœur,
On reste stupéfait devant un tel labeur.
On n'en découvre aucun qui lui soit comparable;
Et puis, il est si bon... C'est un homme admirable!
Vous ne vous en doutez peut-être pas?
ARMAND E
Mais si, Madame, pourquoi donc me parlez- vous ainsi?
MADELEINE
Armande, écoutez-moi : j'ai, dans votre ménage,
Joué, pendant dix ans, un malin personnage :
Toujours je me rangeais près de vous contre lui,
Et cela me paraît détestable aujourd'hui.
Bientôt je dois rentrer dans l'ombre qui s'approche...
Vous m' alarmez... ma mère!
MADELEINE
Alors, je me reproche De l'avoir si longtemps, moi-même, méconnu. Vous savez qu'il est très malade... il est perdu! Vous ne le voyez pas. Moi, depuis des semaines, Je ne fais que penser aux misères humaines; Je songe à mon salut, et je prie... et cela Vous fait voir nettement les choses au delà! Lorsque j'habiterai ma dernière demeure, Ce ne sera pas bien longtemps avant qu'il meure...