ACTE CINQUIÈME
Alors, il faut avoir pour lui quelque pitié, Ne point lui refuser mime votre amitié Vivant à ses côtés ainsi qu'une étrangère. Cessez votre conduite imprudente et légère, Autrement ce serait, ma fille, ensemencer Votre cœur de remords ou je n'ose penser. Enfin! n'attendez pas jusqu'à la dernière heure. Hélas! les gens s'en vont brusquement... et l'on pleure, Songeant à tous les torts que l'on eut envers eux. Il est trop tard! et c'est le désespoir affreux De ne pas les avoir honorés davantage, Alors qu'ils étaient là. Vous allez être sage, Surtout renoncer à ces indignes amours Avec Baron.
ARMANDE
Mais qui?...
MADELEINE
Cela se sait toujours, Et vous ne pouvez rien faire que l'on en cause. Ainsi vous êtes sa maîtresse?
C'est à cause De Psyché.
MADELEINE
Comment?
N'est-ce pas
ARM AN DE
C'est lui qui jouait l'Amour,
MADELEINE
Oui, sans doute.
ARMAND E
Il me faisait la coin*
Dans la pièce... Ah! c'est un périlleux badinage :
On confond la personne avec le personnage,
Et nous ne pouvons pas échapper au décor!
Car je le détestais; je le déteste encor,
Et je me hais! Puis, tout autour, les gens vous disent
Que vous formez un couple admirable... ils attisent
Le feu, les gens, c'est vrai.
Non, ne me dites rien, Et ne vous cherchez pas des excuses... Eh bien, Il vous faut cesser tout commerce avec cet homme. Quel rival donnez-vous à Molière? Et comme Il doit souffrir! songez donc, lui, son bienfaiteur; Le poète trahi pour un petit acteur.
Il faut redevenir la femme de Molière; C'est un titre dont vous pouvez vous montrer fière. Pour revenir à lui faites tous vos efforts, Vous vous épargnerez ainsi bien des remords. Armande, devant Dieu je vais bientôt paraître...
ARMANDE
Ma mère!
MADELEINE
Vous devez, ma fille, me promettre Que vous serez bien sa compagne désormais, Et je mourrai tranquille...
ARMANDE, dans les larmes.
Oui, je vous le promets, Ma mère.
Quelques secondes, puis Molière entre.