ACTE IV
Page 286. — (43) A vrai dire, on ne sait pas comment était le foyer du Palais-Royal; probablement remis à neuf, comme tout le théâtre que l'on venait de refaire, « de rendre propre pour des
machines », afin de représenter Psyché, comédie-féerie-ballet qui avait émerveillé la Cour, lorsqu'on la représenta aux Tuileries, le 17 janvier de la même année. Mais Psyché, c'était une grosse affaire 5 monter; on ne pouvait la donner avant l'été. Alors Molière, en attendant, avait écrit, pouralimentersoa théâtre, Les Fourberies de Scapin.
Page 286. —(44) Lecostumeàbandesblancheset rouges que nous avons accoutumé de voir au Scapin des Fourberies, n'ust aucunement celui que portait Mulière et qui était un costume tout blanc à parements bleus, bas bleus. L'autre fut introduit en 1680 par Mezzetin. Il y a quelques années, M. Jules Truffier, sociétaire de la Comédie-Française et fervent moliériste, prétendit jouer Scapin sous le costume blanc à parements bleus; mais on était habitué au costume à bandes blanches et rouges. M. Jules Truffier se fit sévèrement juger. Nous tenons cette intéressante anecdote de réminent sociétaire lui-même qui s'est penché sur la mise en scène du Ménage de Molière avec une érudition, une compétence que nous avons admirées, et une sollicitude dont nous tenons à le remercier ici.
Page 2S6. — (45) On peut reconstituer de la façon suivante la distribution des Fourberies :
Scapin Molière.
Léandre La Grange.
Octave Baron.
Argante Hubert.
Géronte Du Croisy.
Silvestre La Thorillière.
Hyacinthe Mlle Molière.
Zerbinette Mlle Beauval-
Nérine (on se perd en conjectures).
Page 286. — (46) Le 23 mai 1671, Madame de Sévigné, quittant Paris, écrivait de Malicorne à Madame de Grignan : « Nous avons
• été fort incommodés de la chaleur : un de mes beaux chevaux
• demeura dès Palaiseaux... nous partons dès deux heures du ma-
• tin, pour éviter l'extrême chaleur. »
Page 287. — (47) A Paris, vendredi, 16 janvier 1671.
« Les pluies ont été et sont encore si excessives qu'il y aurait eu
• de la folie à se hasarder. Toutes les rivières sont débordées, tous
• les grands chemins sont noyés, toutes les ornières cachées; on « peut fort bien verser dans tous les gués.
« Il n'a pas gelé un moment, et il a plu tous les jours comme des
« pluies d'orage. Il ne passe plus aucun bateau sous les ponts; les « arches du Pont-Neuf sont quasi comblées.
(Lettre de Madame de Sévigné au comte de Grignan.)
Paoe 287. — (48) Auteuil était alors un joli village entouré de prés, de champs, de vignes ;*Molière y avait loué un petit appartement, au rez-de-chaussée, avec la jouissance d'un beau jardin, dans une maison appartenant à un vieux gentilhomme, Jacques de Grou, sieur de Beaufort, ancien porte-manteau de Gaston d'Orléans. Comme l'on ne jouait au Palais-Royal que les dimanche, mardi et vendredi, Molière venait se reposer à sa campagne, entre deux représentations. On allait à Auteuil par eau, « en avalant le fleuve de la Seine ».
Page 288. — (49) Le grand Corneille avait alors soixante-cinq ans, ce qui n'empêche pas qu'il avait écrit en quinze jours trois actes et demi de Psyché, douze cents vers! Il avait pour Armande de tendres mouvements. Un astre sexagénaire ne vit pas impunément auprès d'une jeune étoile qu'il fait « répéter » tous les jours. Passion émouvante et platonique d'un vieil auteur pour son incomparable interprète. Dans Pulchérie, Corneille s'exprime, se communique par le canal de Martian, vieuxsénateur, ministred'Étatsous Théodose le jeune, et amoureux de l'impératrice d'Orient. Fontenelle nous dit que « son oncle s'est dépeint avec bien de la force dans Martian qui est un vieillard amoureux ». Et Robinet, journaliste en vers de l'époque, écrit à propos de la première de Pulchérie :
L'auteur a fait ce poème
Par l'effet d'une estime extrême
Pour la merveilleuse Psyché !
Page 291. — (50) La Champmeslé avait d'abord joué en province; en 1669, elle entrait au Marais et l'année suivante à l'Hôtel de Bourgogne où elle remplaça, dans les premiers rôles de tragédie, la vieille des Œillets « qu'elle surpassait de cent mille piques ».
« Elle est laide de près... mais quand elle dit des vers, elle est adorable », écrit Madame de Sévigné qui l'appelle sa belle-fille, à cause que cette Champmeslé était la maîtresse de son fils.
Page 293. — (51) Michel Baron était le fils de la célèbre comédienne Baron; à douze ans, il faisait partie d'une troupe de petits comédiens, sous la direction d'une femme qu'on appelait la Raisin. Cette petite compagnie donna quelques représentations sur le théâtre du Palais-Royal; c'est là que Molière connut cet enfant, joli comme les amours, et qui jouait fort gentiment. Il obtint un ordre du roi pour ôter ce petit Baron de la troupe de la Raisin; il le prit avec lui, le logea dans sa maison, le fit travailler, le traita comme un fils. En décembre 1666, il jouait le rôle du berger Myrtil,
à Saint-Gerniain-en-Laye. Armande était devenu • très vite jalouse de l'affection que Molière témoignait au petit homme. A Saint- Germain, il y eut des scènes : un jour, elle gifla Baron qui, mortifn , demanda au roi la permission de s'en aller avant la fin des fêtes et retourna auprès de la Raisin. Mais, en 1 G 7 0 , Moliâre le fit revenir de province où le jeune comédien ne vivait pas admirablement. Il le fit entrer dans sa troupe et il début i au Palais-Roy.nl dans le rôle de Domitien de Tite et Bérénice.
i il représentait l'Amour, « il anlevoit les cœui • . nous dit l'auteur de La Fameuse Comédienne, » et la Molière rep t sentoit Psyché à charmer... Les louanges communes qu'on I « donnoit les obligèrent de s'examiner avec plus d'attention, et • même avec quelque sorte de plaisir. Baron n'est pas cruel; il - • i fut à peine aperçu du changement qui s'étoit fait dans le cœur de s 1.; Molière en sa faveur, qu'il y répondit aussitôt.
Il fut le premier qui rompit le silence, par un compliment qu'il t lui fit sur le bonheur qu'il avoit d'avoir été choisi pour : t senter son amant, et qu'il devoit l'approbation du publi' t heureux hasard; qu'il n'étoit pas difficile de jouer un pers:< « qu'on sentoit naturellement; et qu'il seroit toujours le meilleur urdu monde, si l'on disposoit les choses de la même manié; • .
Page 298. — (52) Les Beauval, le mari et la femme, étaient en tu? dans la troupe l'année précédente, la femme pour remplacer Madeleine Béjart qui ne jouait plus guère et songeait à se i du théâtre. Mademoiselle Beauval était une belle soubrette, pi il de rondeur. Elle avait surtout en scène un rire communie.. tif Quand elle riait, la salle entière riait avec elle; aussi Molière utilise ce rire admirable et il lui fait jouer Nicole du Bourgeois Gentilhomme, Zerbinette des Fourberies, Toinette du Malade imaginaire, tous rôles à fou rire.
Elle était fort ignorante et ne pouvait lire que l'écriture d mari avec qui elle eut, en outre, beaucoup d'enfants.
Page 300. — (53) La Thorillière, Hubert, Du Croisy, acteur la troupe de Molière qui jouaient respectivement dans les Fourberies les rôles de Silvestre, Argante et Géronte.
La Thorillière appartenait à la troupe depuis 1662. C'est 1 .i qui, avec son camarade La Grange, au moment de l'interdiction de je, alla joindre le roi qui était alors dans les Flandres, pour lui remettre le placet de Molière.
Hubert jouait le plus souvent les rôles de vieilles femmes, Madame Pernelle, Madame Jourdain. Madame de Sotenville, la comtesse d'Escarbagnas, car les actrices ne voulaient pas les jouer.
Du Croisy avait débuté au Petit-Bourbon, dans le rôle des Précieuses ridicules qui porte son nom. Il créa beaucoup de rôles pen- •:;• au r.d. iis-Royal. mais sa plus fameuse création fut Tartuje.
Page 303. — (54) Déjà! pensera-t-on, puisque ces deux vers, à une modification près, se trouvent dans l'Art poétique. Oui, bien; mais il est vraisemblable que Boileau avait déjà son idée. Sans compter que les deux vers de l'Art poétique :
Dans ce sac ridicule où Scapin s'enveloppe, Je ne reconnais plus l'auteur du Misanthrope, contiennent une erreur. Ce n'est pas Scapin (Molière) qui s'enveloppe dans le sac, mais Géronle (Du Croisy). Et si, comme d'aucuns le croient, on doit lire :
Dans le sac ridicule où Scapin V enveloppe,
c'est encore inexact. Chicanes! Chicanes I
Mais Boileau certainement a voulu dire que dans la scène du sac, il ne reconnaissait pas le génie de l'auteur qui avait écrit le Misanthrope. Nous avons simplement tenté d'exprimer l'idée de Boileau, en rendant à Géronte ce qui appartient à Géronle.
Page 304. — (55) Dans la maison d'Auteuil, Molière avait sousloué une petite chambre à son vieil ami Chapelle et c'est dans le jardin d'Auteuil que l'auteur de La Fameuse Comédienne situe la scène des confidences du poète à Chapelle.
t ...Comme il étoit alors dans une de ces plénitudes de cœur « si connues par les gens qui ont aimé, il céda à l'envie de se sou- « lager, et avoua de bonne foi à son ami que la manière dont il « étoit forcé d'en user avec sa femme étoit la cause de son abat- •« tement... »
Page 308. — (56) « Chinfreneau, coup qu'on reçoit à la leste, « soit en se heurtant par hasard contre quelque corps, soit en se « battant contre un ennemi... il reçut en ce combat un vilain « chinfreneau... »
(Dictionnaire de Furetière.)
Page 308. — (57) « On dit proverbialement pour reprocher à un « homme qu'il a un peu trop beu, qu'il a sifflé la linotte. » {Furetière.)
Page 309. — (58) Le nom de grand Alcandre, qui était celui du roi Henri IV, dans le pamphlet célèbre attribué à la princesse de Conti, a été depuis appliqué à Louis XIV; on le retrouve dans tous les pamphlets du temps.
Page 309. — (59) Le règne de La Vallière était fini; le roi aimait la belle Athénaïs de Mortemart, marquise de Montespan.
Page 310. — (60) C'est encore l'inépuisable Sévigné qui nous donne ce renseignement, dans une lettre à sa fille (4 avril 1671).
« Je vous mandoi l'autre jour la coiffure de Madame de Nevers, us quel excès la Martin avait poussé cette mode; mais il y a. une certaine médiocrité qui m'a charmée, et qu'il faut vous •['prendre, afin que vous ne vous amusiez plus à faire cent petites iiouclessur vos oreilles, qui sont défrisées en un moment, qui siéent mal, et qui ne sont non plus à la mode présentement que la coiffure de la reine Catherine de Médicis.
Imaginez-vous une tète partagée à la paysanne jusqu'à deux : s du bourrelet; on coupe les cheveux de chaque côté, d'étage tage, dont on fait de grosses boucles rondes et négligées, qui ne viennent pas plus bas qu'un doigt au-dessous de l'oreille; cela fait quelque chose de fort jeune et de fort joli, et comme lieux gros bouquets de cheveux de chaque côté. On met les rubans comme à l'ordinaire, et une grosse boucle noire entre le bourrelet el la coiffure; quelquefois on la laisse traîner jusque sur la gorge... »
Page 313. — (61) t Fesser le cahier : Faire métier d'écrire et de copier pour de l'argent- » (Dictionnaire de V Académie, 1694.)