ACTE III
Page 203. — (32) A vrai dire, on ne sait pas comment était meublé ce cabinet de travail; mais, d'après l'inventaire fait après lejlécès de Molière (13-20 mars 1673), on peut bien imaginer un mobilier et une décoration
La table « sur son châssis de bois de noyer » é-tait sans doute la table de travail du poète; et « l'armoire de bois d'Allemagne, à deux guichets, garnie de fer, de cuivre et de tablettes par devant » a pu être sa bibliothèque. Sous la table « un grand tapis de pied de Turquie ». Sur la cheminée, « avec ses chenets de cuivre jaune façon de vases et bouquets », on peut mollre la pendule « de la façon de Claude Raillart », ou bien la pendule « de la façon de Gavelle » Pour les tapisseries, on n'a que l'embarras du choix entre « une tenture de tapisserie de Camelot, façon de la Chine, à bande de damas cafîard vert rayé », ou bien « une tenture de tapisserie d'Auvergne fort vieille » ou bien encore « une tenture de tapisserie de verdure de Flandre ». Et pourquoi n'y aurait-il pas sur la tenture, cà et là, « sept tableaux peints sur toile dont qua'iv couchés et les trois autres en hauteur, avec leurs bordures variées, l'un représentant une ruine, quatre 'paysages et une mer, une Vierge et une sainte Catherine »? Pour les sièges, ce qui paraîtra convenir le mieux, ce sont les « fauteuils de bois de noyer tous à mufle de lion et quatre sièges ployants de pareil bois. » Cf. Eu dore Soulié, Recherches sur Molière et sur sa famille.
Page 263. — (33) Molière avait comme médecin, M. de Mauvillain. « Que vous fait-il? » demandait un jour le Roi à Molière. — « Sire, nous raisonnons ensemble; il m'ordonne des remèdes, je ne les fais point et je guéris. » C'était un sceptique et un subversif, ce Mauvil. lain : il avait été exclu deux fois de la Faculté pour indépendance d'esprit. Alors, il documentait Molière sur les confrères. Il est bien capable d'avoir fourni des notes pour le dernier intermède du Malade imaginaire.
Page 264. — (34) Molière étaittombé malade, à la fin de l'année précédente, et l'on avait dû interrompre, au Palais-Royal, les représentations qui ne furent reprises que le 21 février 1666.
Page 266. — (35) « Comme il est important de connoître les parties « qui sont affectées, on doit mettre tout en usage pour les décou- « vrir. lime souvient d'avoir lu dans les Observations de Borel, un « moyen de le faire qui me paroit assez vray-semblable. On fait t coucher pendant quelque temps un chien de quinze jours ou de « trois semaines avec le malade, qui le nourrit de ses crachats, et
« de lait qu'il échauffe dans sa bouche, et qu'il luy crache ensuiie i dans la gueule; puis on le fait ouvrir, et l'on prétend que ! i partie qui esl viciée dans le malade, se trouve altérée dans cet ■ animal. »
(Réflexions sur la Nature des Remèdes, appuyées d'Exemples, d'Histoires et d'Observations considérables, par M. de Saint-André, :.i ordinaire du Roy. A Rouen, chez François Vaultier. MUCC.)
Page 267. — (36) Charles Varlet de La Grange était entré à Pâques ICôO dans la troupe de Molière. Il joua, dans toutes ses pièces. I l'amoureux. De bonne famille, bien élevé, i!
up de charme, une grande séduction; il jouait à la pei tection. Enoutre, ilfulpendantquatorzeanslecompagnon fi dèle de M -on homme de confiance. Après la mort du | c'esl La ' ■ ange qui d \ ient direct ?ur elfonde la Comédie-Française, la Maison de Molière. C'est à La Grange que nous devons le fameux Registre sur lequel, depuis son entrée dans la troupe jusqu'en 1685, il a inscrit chaque jour la pi' : jouait, avec la recette, nous
tenant ainsi au courant de la vie directoriale 'le Molière.
Page 269. — (37) Molière travaillaitdepuis longtemps au Misanlirope. Déjà, dans l'Impromptu de Versailles, il annonce qu'il a • vingt caractères de gens où il n'a point encore touché; i « exemple, ceux qui se font les plus grandes amitiés du monde et t qui, le dos tourné, font galanterie de se déchirer l'un l'autre... et t encore ceux qui caressent également tout le monde et courent à « tous ceux qu"ils voient, avec les mêmes embrassades et les mêmes . protestations d'amitiés. » N'est-ce pas là, en prose, le langage d'Alceste?
Et le premier acte du Misanthrope était terminé dès 1664. Brossette raconte que Molière le lut chez le comte du Broussin , un jour que Boi diée à l'auteur de
L'École dt s femmes.
Page 270. — (38) Les trois premiers actes de Tartufe avaient été représentés à Versailles le lundi 12 mai 1664. Anne d'Autriche fut : les personnes pieuses s'alarmèrent; les hypocrites visés crièrent plus fort que les autres. Louis XIV. qui avail | blement • commandé » la pièce, lâcha nonobstant Molière; il lui lit, avec de bonnes paroles, de produire sa comédie en public, « jusqu'à ce qu*elle fût enti'' .uinée par des gens
cap tbl
Page 271. — (39) L'Amour médecin avait été représenté p première fois à Versailles le li septembre 1665; puis au I Royal avec un très grand succès. C'est la première pièce de 1 1 contre la Faculté.
Page 271. — (40) Le Misanthrope fut représenté, pour la première fois, le 4 juin 1666, avec une recette de 1.447 livres; à la dixième représentation, la recette était tombée à 212 livres, ce qui veut dire que la pièce ne fut pas jugée amusante. Madeleine prévoit donc juste; mais l'auteur qui a lu le registre de La Grange n'en tire pas vanité.
Page 274. — (41) Alexandre,}^, deuxième tragédie de Racine, avait été représentée, au Palais-Royal, le 4 décembre 1665. Deux semaines après, la pièce était jouée, le même jour, chez Molière et à l'Hôtel de Bourgogne. C'est que Racine, trouvant que sa pièce n'était pas bien interprétée par les comédiens du Palais-Royal, avait été la porter chez les comédiens rivaux. Action fâcheuse, dit Jules Lemaître. Et voici comment La Grange raconte la chose :
« Ce même jour (18 décembre), la troupe fut surprise que la € même pièce, Alexandre, fût jouée sur le théâtre de l'Hôtel de « Bourgogne. Comme la chose s'étoit faite de complot avec M. Ra- « cine, la troupe ne crut pas devoir les parts d'auteur audit « M. Racine qui en usoit si mal que d'avoir donné et fait apprendre « la pièce aux autres comédiens. »
Page 275. — (42) La grosse Affaire des Poisons n'éclata que beaucoup plus tard; mais il y avait déjà cette diabolique petite marquise de Brinvilliers qui allait dans les hôpitaux, se pencher au lit des malades avec des paroles de pitié, d'amitié, leur portait des confitures, desbiscuitsetautresdouceurs^auxquelles les malades succombaient, dans des douleurs horribles.
Elle essayait aussi sur ses domestiques la recette de Glaser, avant de l'essayer sur son père, le lieutenant civil Antoine Dreux d'Aubray, qui mourut à Paris, le 10 septembre 1666. Il y avait à Paris un grand nombre de sorcières, devineresses et magiciennes, tous ceux qui « regardent à la main et l'on entend dans ce commerce d'étranges choses ». C'est en 1666 que le lieutenant de police, La Reynie, commentant les dossiers de la Chambre ardente, place les premières visites de la marquise de Montespan aux sorcières. Cf. Le Dramedes Poisons, par Frantz Funck-Brentano, Paris, Hachette,