ACTE PREMIER
NELLY
Oh ! tu dis ça, tu ne peux pas te passer de lui ; tu ne t'amuses qu'avec lui.
SANDRAL.
Pas ce soir.
Non, pas ce soir; mais avant la fin de la semaine, tu lui écriras pour qu'il revienne.
SANDRAL.
Je ne le crois pas. Il y a longtemps que ça ne lui était arrivé, il m'avait bien promis...
NELLY
Oh! des promesses... il ne renoncera jamais à sa funeste habitude.
SANDRAL.
Quand il est entré ici, avant le dîner, il n'avait rien; j'ai causé avec lui, il n'avait rien.
NELLY
Il se sera mis à boire par là pendant que vous fumiez, tu aurais dû le surveiller.
SANDRAL.
Oh! le surveiller, je causais avec ces messieurs.
NELLY
Mais que s'est-il passé, au juste?
SANDRAL.
Il s'est mis tout à coup à invectiver le ministre, lui •chant, avec la dernière violence, sa politique, lui disant qu'il menait la France aux abîmes... enfin, lï'iergumène, la folie!...
46 LA PATROME
DESTRIÉ.
Est-ce dommage qu'il ait ce vice... une si belleintelligence!
SANDRAL.
Mais un homme de génie, et universel! un poète délicieux, un artiste admirable, un inventeur extraordinaire. La télégraphie sans fil, la photographie des couleurs, l'aviation, il avait trouvé tout ça ! Mais, en ce moment, il est sur la voie d'une découverte qui peut révolutionner l'industrie. A l'état normal, c'est un être délicieux... et un esprit, une fantaisie! je ne connais pas d'homme plus amusant que lui.
NELLY
Oui, oui, tu vas lui écrire.
SANDRAL.
Il n'est pas question de ça, seulement je reconnais ses qualités; et puis c'est un vieux camarade; je le connais depuis trente ans, nous ne nous sommes jamais quittés... et puis, il est malheureux.
ADRIENNE
Croit-il, oui ou non, que Houbrun est l'amant de sa femme?
SANDRAL.
Quand il est comme ce soir, il en est persuadé.
NELLY
Il ne voit la vérité que quand il a bu.
SANDRAL.
Autrement il ne le croit pas et, même, il adore Houbrun... il ne peut pas se passer de lui.
DESTRIÉ.
C'est bizarre !
\r.TE PREM1EU 17
ADniK.NM:.
S;ivez-vous comment tout ça va finir?... Sandral ne peut pas se passer de Fargis qui ne peut pas se passer de Houbrun qui est l'amant de Ginette; donc, avant la fin de la semaine, Ginette, Houbrun et Fargis dîneront chez notre ami Sandral qui trouve déjà que tout cela n'a aucune importance.
NELLY
Vous ne vous asseyez pas?
ADRIENNE
Non, non, il est très tard, nous allons se coucher. Qu'est-ce que vous faites demain soir, Nelly?
NE] LY
Demain soir, rien.
ADRIENNE
Venez donc dîner avec nous au Pré-Catelan, nous serons tous les quatre... si monsieur Bayanne veut bien être des nôtres.
ROBERT
Je vous remercie, madame, vous êtes trop aimable, st que...
ADRIENNE
\ moins que vous n'ayez mieux à faire.
ROBERT
Oh! madame!...
Alors, vous venez, c'est entendu, au revoir, à demain.
NELLY
Huit heures?
ADRIENNE
Oui, huit heures et demie.
NELLY
Oui, neuf heures. i
Les Destrié sont sortis.
ROBERT
Madame, je vais me retirer.
SANDRAL.
Non, non, mon petit, attendez, j'ai quelque chose à vous donner à emporter; j'en ai pour un moment; causez, en attendant, avec Mme Sandral, vous voulez bien?
ROBERT
Mais, certainement, monsieur Sandral.
Nellv et Robert restent seuls.