‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 28 sur 203 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

NELLY

Allons, mon petit Robert, je vois ce que c'est... vous avez des remords, vous êtes malheureux parce qu'on a potiné, ce soir, votre patron ou votre patronne.

ROBERT

Oh ! non, pas vous.

NELLY

Oh ! peu importe... et que vous êtes resté muet. Vous avez joliment bien fait... cela n'a aucune importance. Du moment que Jacques Latrille était là, ça a dû marcher. Allez-vous m'apprendre qu'il n'est pas mon ami ? Je le sais bien. Aucun des gens qui étaient là ce soir!... Ce n'est pas qu'on nous déteste; mais nous sommes très riches, et l'on ne prête qu'aux riches... s'applique à tout et, quand on nous prête certaines choses, c'est encore, pour nous, une façon de payer, de l .mi dre. Ne vous frappez pas. Quant à Jacques Latrille, c'est un de ces jeunes gens qui, sous des dehors très corrects, avec une instruction étonnante, et' même de l'esprit, sont capables de toutes les infamies... Je leur ai trouvé un nom à ces jeunes gens-là : je les appelle des gentlemufles. Jacques Latrille est un parfait gentlemufle... son avenir est assuré. Je suis tranquille, vous ne lui ressemblerez jamais. Vous voyez que je ne lui en veux même pas.

ROBERT

Non, mais moi, je lui en veux.

Il ne faut pas... vous vous habituerez bien vite aux propos du monde et à ses façons. Vous comprendrez que, lorsqu'on fait partie d'une certaine société, un acte, un sentiment, n'a pas besoin d'être honnête, généreux, moral ou social, pourvu qu'il soit mondain. ESt puis, on ne peut pas s'indigner tout le temps.

ROBERT

Alors, on s'habitue, mais cette habitude est déjà une diminution. Oh ! il y a déjà bien des choses dont je ne m'étonne plus... Avant, je ne pouvais pas admettre qu'une jolie femme pût être bête et méchante, un artiste avare, un socialiste millionnaire.

NELLY

Vous vous êtes fait une raison.

ROBERT

Il a bien fallu.

NELLY

Il en sera de même pour tout le reste.

SANDRAL, survenant.

Tenez, Robert, demain matin, en venant ici, vous porterez ça à la Société d'antimoine, rue Tronchet... en descendant de votre rue Caulaincourt, c'est sur votre chemin.

ROBERT

Bien, monsieur Sandral... Au revoir, madame.

NELLY

Au revoir.

Au revoir, monsieur.

SANDRAL.

Au revoir, mon petit, à demain matin... (Et quand Robert est soiti.) Il est gentil, ce garçon, j'ai beaucoup de sympathie pour lui... est-ce dommage qu'il veuille faire des vers!... A quoi ça le mènera-t-il, je te le demande? Autrement, il est intelligent, il n'est pas bête du tout.

NELLY

Je cause souvent avec lui... il est très naïf, c'est un

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