ACTE DEUXIÈME
ADRIENNE, qui s'est assise.
Eh bien, ma chère, il se passe un drame.
NELLY
Un drame?
ADRIENNE
Ah! oui, comment vous raconter ça... c'est très délicat... tenez, au fait, j'aime mieux m'en aller...
NELLY
Comme vous voudrez; mais alors, ce n'était pas la peine...
ADRIENNE
C'est vrai... je ne sais par où commencer.
NELLY
Commencez toujours par le commencement... en verra bien ce que ça donnera.
ADRIENNE, riant. Ail ! Ah! COmme VOUS êtes drôle! (Elle redevient sérieuse.)
Le commencement, oui. Oh! il est probable, il est même certain que vous le connaissez, le commencement; je ne vous apprendrai rien et, pourtant, me voici aussi embarrassée que si je devais vous apprendre tout. Vous ne devinez pas de quoi, ou plutôt de qui il s ;t?
NELLY
Ma foi, non. Comment voulez-vous?...
ADRIENNE
Il s'agit de M. Bayanne...
NELLY
De Robert?
vi. 6
ADRIENNE
Oui... vous n'êtes pas sans vous être aperçue qu'il m'avait fait la cour
NELLï'.
Ça n était pas Lien difficile à voir.
ADRIENNE
Il est devenu très amoureux de moi... je sais bien que c'est toujours ridicule à une femme de dire ça.
NELLY
Ça dépend de la femme et vous êtes assez jolie, ma chère amie, pour que l'on devienne très amoureux de vous.
Oui... et puis Robert est très sentimental, très romanesque... vous le connaissez, c'est un poète : il a flambé tout de suite.
NELLY
Moins un cœur est sec, mieux il flambe.
ADRIENNE
C'est certain... ça vous est égal que nous changions de place, ce feu donne une chaleur!
NELLY
Mais je crois bien.
Adrienne v:i s'asseoir plus loin sur un petit canapé, et Nelly auprès d'elle.
ADRIEXNE.
Ça m'a amusée d'abord, je l'avoue. J'ai flirté. Ah! ça, je suis franche, j'ai flirté. Mais quand j'ai vu que ça devenait sérieux et qu'il me demandait d'être sa maîtresse... avec une insistance...
NELLY
Que tout le monde comprendra.