‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 36 sur 203 · SCENE II NELLY, ROBERT · texte numérisé non relu

SCENE II NELLY, ROBERT

ROBERT

Vous avez à me parler, madame?

NELLY

Oui, Mme Destrié sort d'ici.

ROBERT

Mme Destrié? Ah!

NELLY

Elle m'a chargée d'une mission assez étrange auprès de vous, et que j'ai acceptée, bien que je n'aie pas pour habitude de me mêler de ces sortes d'affaires ; mais Adrienne est mon amie, et je vous porte de l'intérêt.

ROBERT

Je vous en suis infiniment reconnaissant, madame; mais je ne vois pas bien de quelle mission Mme^Destrié a pu vous...

NELLY

Oh! n'ayez pas de scrupules... vous n'êtes engagé à aucune discrétion; Adrienne m'a tout raconté.

ROBERT

Tout?

NELLY

Elle m'en a raconté assez, en tout cas, pour que je craigne que vous ne fassiez quelque sottise. Voyons, ne faites pas cette figure-là... Qu'est-ce qu'il y a?

ROBERT

.Mais, il n'y a rien.

NELLY

Si... il parait que vous voulez vous battre avec je ne sais pas qui...

ROBERT

Avec M. de Fréville... c'est exact.

NELLY

Elle ne m'a nommé personne.

ROBERT

Mais elle me l'a nommé à moi, et dans des circonstances inouïes, foudroyantes, je vous assure. Ali! Mme Destrié vous a tout raconté? Eh bien, vous a t-elle dit que, pas plus tard qu'avant-liier, alors qu'elle s'était encore donnée la veille, oui, la veille! vous a-t-elle dit qu'elle m'avait déclaré brustalement, cyniquement, qu'elle ne m'aimait plus, qu'elle aimait M. de Fréville! Et vous voudriez que j'accepte ça tranquillement, sans rien dire? Ah! non, par exemple, ce serait trop commode? Alors, elle n'aurait eu qu'un caprice, une fantaisie, et sans s'inquiéter de la qualité de l'amour qu'elle a fait naitro, elle s'échapperait de l'aventure, quand ça lui plairait. Elle me traite un peu trop comme un petit amant

sans conséquence, comme un intérim; elle verra qu'elle s'est trompée... Je me vengerai, oui, je me vengerai... elle a peur du scandale, eh bien, j'en ferai.

KELLY

Ne criez pas comme ça, d'abord; à qui donc croyezvous parler? et puis, n'arpentez pas ce salon, comme ça, dans tous les sens... vous m'étourdissez.

ROBERT

Je vous demande pardon.

KELLY

Vous avez l'air d'un petit fauve en cage. Ah ! vous manifestez là de jolis sentiments. « Je me vengerai... » Qu'est-ce que ça signifie? Ça ne m'étonne pas qu'Adrienne se soit effrayée de l'aventure, comme vous dites, dans laquelle elle s'était engagée : vous êtes terrible! (Robert baisse la tète.) Il paraît que vous lui faisiez des scènes continuelles, que vous étiez insupportable, jaloux.

ROBERT

J'étais jaloux parce que j'avais lieu de l'être; l'événement a bien prouvé que je n'avais pas tort.

KELLY

Vous la brutalisiez.

Moi, je la brutalisais... Oh! c'est trop fort.

KELLY

Elle me l'a dit.

ROBERT

Oh! ça, par exemple, c'est trop fort... jamais, vous entendez, madame, jamais... je vous en donne ma parole d'honneur.

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