ACTE TROISIÈME
ROBERT
Oli ! non, maman, je ne pourrai pas.
MADAME BAYANNE
Songes-tu que ça fait trois ans que tu n'as pas revu la maison où tu es né, ta petite chambre... Tu n'as donc pas envie de revoir Revel et nos belles montagnes? Tu les aimais pourtant, nos montagnes. Mon Dieu! as-tu grimpé dans tout ça ! Je sais bien que tu ne peux pas y passer des mois... mais tu viendrais pour quelques jours seulement; je suis tellement seule! Cela me donnerait du courage : au moins, le souvenir de ta présence se mêlerait à ma solitude, pour l'adoucir.
ROBERT
Vraiment, je ne peux pas.
MADAME BAYANNE
Tu crois que M. Sandral ne t'accorderait pas un congé, surtout s'il savait que c'est pour...
ROBERT
Mais non, je ne le lui demanderai même pas. M. Sandral est très gentil; mais, sous prétexte que, jeune humme, il a beaucoup travaillé, il n'admet pas qu'un jeune homme prenne des vacances. Il me racontera ses campagnes en Tunisie et qu'il a couché, pendant cinq ans, sous la tente, et mangé du mouton tous les jours, et il en conclura qu'un secrétaire n'a pas besoin de congé.
MADAME BAYANNE
Mme Sandral se chargerait de le lui demander, elle me l'a dit.
ROBERT
Et quand même il me donnerait quelques jours de liberté, je n'en profiterais pas, parce qu'en dehors de mon secrétariat, j'ai des occupations, des affaires qui me retiennent à Paris.
MADAME BAYANNE
Des affaires?
Sans doute, ce serait trop long à t'expliquer; mais tu comprends bien que ce n'est pas avec les deux cents francs que me donne M. Sandral...
MADAME BAYANNE
Dans les commencements que tu étais chez lui, il ne t'en donnait que cent cinquante et rappelle-toi comme tu te trouvais heureux... Il t'a augmenté et tu semblés te plaindre.
ROBERT
Oh! il peut m'augmenter, il vient d'acheter, à la vente Pfefferkorn, une tasse qui a fait, comme ils disent, cinquante mille francs... une petite tasse, pas plus grande que celle-ci. Qu'est-ce que tu dis deçà?
MADAME BAYANNE
M. Sandral a une immense fortune et s'il lui plaît de payer une tasse cinquante mille francs, il en a le droit; il fait de son argent ce qu'il veut.
ROBERT
Évidemment.
MADAME BAYANNE
Tu n'es pas envieux, j'espère; ce serait bien vilain.
ROBERT
Oh! je ne suis pas envieux, seulement... non, ça serait trop long à t'expliquer.
MADAME BAYANNE
Deux cents francs par mois, c'est exactement ce que j'ai pour vivre à Revel. Il est vrai que j'ai ma petite maison, mon jardin qui me donne des légumes; mais