‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 55 sur 203 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

j'ai tout de même une domestique, je paye mes impôts, je fais des économies pour venir tous les ans à Paris, depuis quetu m'as quittée; pour venir vers toi, puisque tu ne viens pas vers moi.

ROBERT

Oui, je sais l>ien, et tu trouves même moyen de faire la charité, c'est ton seul luxe. Mais tu ne t'imagines pas ce qu'est la vie à Paris... si je te

disais... ( il est interrompu par une sonnerie. ) Ah ! c'est le téléphone... tu permets... (n s'installe a [appareil.) Allô! c'est vous, Latrille... vous allez bien, cher ami... Oui, cher ami moi-même, je l'attendais... et la Wogel... combien fait-elle?... Comment? cent cinquante! c'est la froide dégringolade!... on veut la hausse? mais il ne suffit pas de la vouloir... Oui, ma mère qui est venue passer quarante-huit heures à Paris... Oui, je suis chez moi toute la journée... C'est entendu... c'est entendu, à quatre heures, je vous attends. Au revoir.

Cependant, le petit domestique est venu enlever le plateau. MADAME BAYANNE.

Ça me semble tout drôle de te voir installé chez toi... tu as un domestique.

ROBERT

Un petit domestique.

MADAME BAYANNE

Tu fumes des cigares, tu téléphones...

ROBERT

Comme un homme! Ma pauvre maman, quel âge m'avais-tu donc fixé, dans ta pensée, pour me servir de cet appareil et pour utiliser une invention plus vieille moi, mais qui te surprend encore?

MADAME BAYANNE

Tu te moques de moi.

ROBERT

Non, mais tu me vois toujours comme un tout petit garçon... J'ai vingt-deux ans...

MADAME BAYANNE

Je voulais dire simplement que tu t'es peut-être bien pressé... pour... pour avoir tout ça.

OBERT.

Tout ça, quoi?

MADAME BAYANNE

Mais cet appartement... le petit domestique... la femme de ménage... ces meubles...

ROBERT

Bien simples.

MADAME BAYANNE

Qui ont dû coûter encore assez cher.

ROBERT

Mais tout ça, comme tu dis, ce sont mes frais généraux, c'est le bluff indispensable, le strict superflu, car il faut te dire qu'à Paris... non, ce serait trop long à t' expliquer.

MADAME BAYANNE

Oui, tout serait trop long à m'expliquer. Mais tout cela est-il payé?

ROBERT

Tu ne le voudrais pas.

MADAME BAYANNE

Je le voudrais bien, au contraire.

ROBERT

Non, tout n'est pas payé... j'ai encore quelques billets chez mon tapissier.

Page 1