ACTE PREMIEK
chantent l'Internationale, ça ne signifie pas qu'en cas de guerre ils tireraient sur leursgénéraux. Tenez, en ce moment, on chante, dans les régiments de l'Est précisément, une chanson dans laquelle nos artilleurs se vantent d'avoir accompli, avec une cabaretière et ses deux filles, des prouesses sentimentales dont ils sont bien incapables. Eli bien, pour l'Internationale, dans un autre ordre d'idées, c'est la même chose.
FAKGIS.
Vous êtes un rigolo, monsieur le ministre.
SANDRAL.
Mais, tantôt, il y a un orateur qui s'est révélé : ce petit Crion n'a pas mal parlé; il a de la jeunesse, de la sincérité, il est populaire.
FARGIS
Je crois bien, il demande la séparation de l'assiette et du beurre.
LATRILLE.
Chimère, utopie, nuée !
SAKDRAL.
J'entends bien.
FARGIS
Noua ne verrons jamais ça.
Mais vous avez là un adversaire dangereux.
LATRILLE.
Non, il a du talent, mais il n'est pas dangereux. Il ost phtisique, il aime les femmes, ihmourra.
FARCIS
Il aime les femmes! il mourra! Tu entends ça, toi?... A propos, comment va Mlle Yvonne de Vert?'
SANDRAL.
Mais elle va bien.
FARGIS
Je t'admire, tu es toujours amoureux... Mais tu ne t'aperçois donc pas que c'est toujours la même chose, tu fais un métier de dupe; c'est vrai, voilà au moins la dixième maîtresse que je te connais, et tu l'aimes avec la même ardeur que la première. Tu les prends de plus en plus jeunes, voilà tout.
SANDRAL.
Naturellement, à mesure que je vieillis... c'est mathématique.
LATRILLE.
Ça maintient la moyenne.
FARGIS
Il n'y a pas comme les grands hommes d'affaires pour être sentimentaux... et les grands hommes d'État, monsieur le ministre.
Sur ces derniers mots, Lioran, le romancier qui vient d'arriver, dit bonjour à Sandral.
LIORAN, à Sandral.
Bonjour, cher ami.
SANDRAL.
Bonjour, Lioran, pourquoi n'êtes-vous pas venu dîner, mon cher maître?
LIORAN.
Parce que votre cher maître est l'esclave d'un estomac qui ne lui permet pas de dîner en ville.
LATRILLE.
Vous suivez un régime?
LIORAN.
Mais oui, monsieur le ministre, je suis un régime, et vous ?