‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 68 sur 203 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

ROBERT

Eh bien, vous vous trompez, mon vieux, nous avons causé très gentiment; il n'a pas été question de ça... et puis, je ne suis pas pressé.

LATRILLE.

Evidemment, mais il ne faut jamais remettre au lendemain ce qu'on peut faire la veille... A l'heure actuelle, vous en seriez débarrassé... vous seriez tranquille... tandis que vous avez encore ça à faire... c'est si embêtant!

ROBERT

Il y a une chose qui m'intéresse plus que Mme Destii'\ en ce moment, je vous assure... C'est la Wogel qui dégringole dans des proportions fantastiques... Elle faisait 160 aujourd'hui?

LATRILLE.

Oui, 159 exactement; combien l'avez-vous payée?

ROBERT

200, comme vous... puisque nous les avons achetées même jour.

LATRILLE.

Je ne désespère pas de revoir ce cours-là.

M. lis quand?

LATRILLE.

Ah! dans un an, dix-huit mois, peut-être... C'est une bonne petite valeur... seulement, à cause du krach américain, il y a une lourdeur en ce moment sur le marché... et tant que le Rio ne remontera pas... Le Rio, voyez-vous, c'est le pouls de la Bourse.

ROBERT

Enlin! à l'heure qu'il est, je perds six mille francs

et je n'avais pas besoin de ça ! Ah ! vous m'avez donné là un fichu conseil, mon vieux.

LATRILLE.

Ah! naturellement; mais c'est le jeu, ça, mon vieux. Si la Wogel avait monté, vous m'embrasseriez sur la bouche... Si vous croyez que je ne suis pas dans le bal, moi aussi : quand vous perdez six mille francs, j'en perds trente mille... mauvais dans la pipe! D'ailleurs, je vous dis, ça remontera. En tout cas, moi, je ne vends pas mes actions, je les garde... Faites ce que vous voudrez.

ROBERT

Faites ce que vous voudrez, c'est facile à dire... et si votre ami, Élie Gaston, m'exécute à la liquidation.

LATRILLE.

Je lui parlerai... je tâcherai qu'on ne vous exécute pas cette fois-ci...

C'est reculer pour mieux sauter.

LATRILLE.

L'important est de gagner du temps.

ROBERT

Avec ça, il faut que je paye une traite demain matin.

Combien?

Douze cents.

LATRILLE.

ROBERT

LATRILLE.

Je regrette de ne pouvoir vous obliger. Vous ne pouvez pas demander à Sandral de vous prêter cette somme : qu'est-ce que c'est pour lui?

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