ACTE QUATRIÈME
SANDRAL.
Xelly, elle va bien; elle n'est pas sortie aujourd'hui; jp vais lui faire dire que tu es là; elle sera contente de te dire bonjour.
I! sonne.
FARGIS
11 ne faut pas la déranger pour moi.
SAN DR AL
Ça ne la dérangera pas; elle doit être en train de piquer un livre pour ses aveugles, un nouveau sport auquel elle se livre avec furie : elle a entrepris Anna Karénine.
FARGIS. f~
Ça vaut mieux que d'aller au café.
Un domestique est entré.
SANDRAL.
Prévenez donc Madame que M. Fargis est là.
LE DOMESTIQUE
Bien, monsieur.
Il sort.
SANDRAL, assis ù son bureau et lisant.
« -Mémoire descriptif pour la fabrication d'un caoutchouc artificiel. » Ah! à propos, je voulais toujours te demander : tu aimes ça, toi, caoutchouc artificiel ?
! ARGIS
Si j'aime?... Comment? Je ne comprends pas.
SidlDBAL.
Tu trouves que c'est joli à l'oreille?
FARGIS
Ça n'a pas besoin d'être joli; ça dit bien ce que ça veut dire.
SANDRAL.
C'est égal... si nous pouvions trouver quelque chose de moins banal, de plus personnel?
FARGIS
Préfères-tu : caoutchouc chimique?
SANDRAL.
Caoutchouc chimique... chou, chi, non, ce n'est pas heureux.
FARGIS
Alors, il faut avoir recours au grec.
SANDRAL.
Au grec?
Oui, formons avec la langue d'Homère un mot qui signifie que notre nouveau produit a la dureté de la pierre et est élastique en même temps. Alors, do lithos elastikos, on pourrait faire la lithoélastique.
SANDRAL.
C'est prétentieux ! et puis on ne comprendrait pas, personne ne sait le grec. Non, il me semble que nous cherchons midi à quatorze heures; si nous l'appelions simplement la sandraline?
FARGIS
Simplement... oui, Sandral, sandraline, la formation est assez simple, en effet... et puis, comme ça, tu auras au moins trouvé quelque chose.
SANDRAL.
Oh ! je n'y tiens pas... Seulement, c'est euphonique... ça se lira bien sur une affiche.